Site Le Corbusier de Firminy

Publié le 06.09.2018
Firminy est une ville au fort passé minier, qui voit sa population s’accroître aux XIXème et XXème siècles grâce à l’essor de l’industrie sidérurgique et métallurgique. En 1953, le maire Eugène Claudius-Petit fait réaliser dans sa ville un bilan social, économique et humain afin de déterminer les besoins de la population. La pauvreté des logis, le manque d’hygiène et de confort sont prédominants. Dans ce contexte, Eugène Claudius-Petit envisage, dans un premier plan d’urbanisme, la réhabilitation du centre-ville et la création d’un nouveau quartier : Firminy-Vert.

Ce nouveau quartier, réalisé par quatre architectes (Charles Delfante pour l’urbanisme, Jean Kling, Marcel Roux et André Sive), propose un urbanisme radicalement différent de l’ancienne « Firminy la Noire ». Ces architectes travaillent selon les principes de la « Charte d’Athènes » (rédigée en 1933 lors du 4ème Congrès International d’Architecture Moderne) qui reprend les grandes idées de l’architecte Le Corbusier. Cette charte prévoit de réserver aux espaces verts un pourcentage important de l’espace foncier. Les quatre fonctions fondamentales sont : « habiter, travailler, se récréer, circuler ». L’homme doit pouvoir s’épanouir dans un cadre où « soleil – espace – verdure » prédominent.
 
À partir de 1957, 1 070 logements sociaux voient le jour, agrémentés de services collectifs tels que des écoles, centres sociaux et commerciaux. Les voies de communication sont hiérarchisées, du chemin piétonnier aux différents axes routiers. Cet ensemble reçoit le Grand Prix d’Urbanisme en 1961 et est aujourd’hui protégé par une Aire de mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine (AVAP). Le Corbusier travaille à partir de 1954 sur le « Centre de recréation du corps et de l’esprit » composé de 3 bâtiments : Maison de la Culture, stade et église Saint-Pierre.



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© Luc Olivier - FLC / ADAGP

La Maison de la Culture
L’édifice, de 112 mètres de long, est implanté sur une ancienne carrière de grès houiller et présente un profil insolite : la toiture repose sur un système de câbles lui donnant l’aspect d’une voûte renversée. L’inclinaison audacieuse de la façade Ouest est judicieusement réutilisée à l’intérieur puisqu’elle permet l’installation de gradins. Les pans de verre ondulatoires, présents le long des façades Est et Ouest, sont issus du travail de Le Corbusier et de Iannis Xenakis (compositeur). Ils entremêlent couleurs et mesures, tant musicales qu’architecturales. Le mobilier présent dans le bâtiment est conçu par Pierre Guariche, designer travaillant avec le « Modulor », unité de mesure instaurée par Le Corbusier afin de créer une harmonie et des proportions adaptées à l’échelle humaine. La Maison de la Culture abrite de nombreuses salles à usages différents : auditorium, salle de spectacle, salle d’arts plastiques, salle d’expression corporelle, etc. Classée Monument Historique depuis 1984, elle est toujours en activité dans le respect de son programme initial : lieu de spectacles et de création artistique, école de musique associative, centre d’interprétation, etc.


© Gabriele Croppi - FLC / ADAGP

L'Unité d'Habitation
Commencé en 1965, le bâtiment est achevé par André Wogenscky. Il correspond au concept des « cités jardin verticales » et de la « Chartreuse moderne ». On y trouve certains des éléments fondamentaux de l’architecture de Le Corbusier ; notamment les pilotis, la façade libre, le brise-soleil et le toit terrasse. Les pilotis permettent de libérer l’espace au sol et favorisent le contact visuel avec la nature environnante. L’orientation Est/Ouest des façades est déterminante pour un ensoleillement maximum des appartements, tous en duplex à l’exception des studios. L’ensemble est réalisé à l’échelle du « Modulor ». Ce bâtiment de 130,35 mètres de long, 21 mètres de large et 56 mètres de haut, comporte 20 niveaux. Sept rues intérieures desservent à l’origine 414 logements de différents types. Les niveaux 18 et 19 abritent l’école et le niveau 20 le toit-terrasse. Un programme de restauration et de réhabilitation a permis notamment la réouverture du tiers Nord, fermé pendant 20 ans. Aujourd’hui ouverts à la copropriété, les appartements ont été agrandis afin de mieux convenir à la demande actuelle. Quant à la partie Sud, elle reste la propriété de l’Office Public HLM de Firminy. L’école ferme en 1998 après 30 ans d’utilisation. Des trois écoles que réalise Le Corbusier dans son oeuvre, celle-ci est la plus vaste et sans doute la plus aboutie. On trouve dans l’édifice certains des éléments fondamentaux de l’architecture de Le Corbusier, notamment les pilotis, la façade libre, le brise-soleil et le toit terrasse. L’appartement témoin se présente tel que les architectes l’ont conçu, d’abord comme prototype, puis comme appartement-témoin.


© Luc Olivier - FLC / ADAGP

L'Église Saint-Pierre
L’église se présente sous la forme d’un bâtiment à base carrée de 25,50 mètres de côté se développant en un cône tronqué culminant à 33 mètres de hauteur.
La coque, construite en béton autoplaçant, abrite la nef. Elle est parée à l’Est de la constellation d’Orion. Tout autour de l’édifice se déroule le système de récupération de l’eau de pluie : il couvre des meurtrières horizontales, dont le mouvement en spirale est identique à celui du sol de la nef. Les trois « canons à lumière », installés sur le faîte et sur la façade Ouest, constituent un dispositif spécifique à l’architecture de Le Corbusier. L’église Saint-Pierre de Firminy-Vert est un bâtiment double : un socle largement ouvert à la lumière, visant à donner de la légèreté au bâtiment, opposé à la coque en béton plein. Le Corbusier destinait la partie basse aux activités paroissiales (réunions, catéchèse) ainsi qu’à l’installation de la cure. Aujourd’hui, elle abrite un espace d’exposition. La partie haute, quant à elle, est entièrement occupée par la nef avec deux chapelles : une pour la semaine avec l’autel secondaire (en rentrant à gauche) et l’autre pour l’office dominical avec le maître-autel. Ce dernier est relié au sol par un pilier blanc, indépendant de l’ossature du bâtiment.




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