Affiche Mayotte - collège Bouéni

Publié le 17.10.2020
Le collège Bouéni est un bâtiment bioclimatique construit sur une colline boisée des hauteurs de Dzaoudzi (Mayotte) et inauguré en 2019. Conçu par les architectes de LAB Réunion et Tand’M Architectes, il a été sélectionné pour représenter Mayotte sur l’une des affiches de la 5e édition des Journées nationales de l’architecture.

Un bâtiment harmonieusement intégré dans son environnement naturel

D’une surface de plus de 6000 m2, le collège Bouéni abrite des salles de classe, 4 divisions de section d'enseignement général et professionnel adapté (SEGPA), un plateau sportif, ainsi que tous les équipements classiques d’un collège (salle de restauration scolaire, CDI, bureaux de l’administration…). 

Les architectes ont veillé à limiter son impact visuel et physique sur ce site exceptionnel, une colline abondamment boisée surplombant la baie de Bambo. L’architecture du bâtiment suit les courbes de niveaux du terrain et la végétation est omniprésente. Les arbres remarquables (baobabs, kapokiers…) ont été préservés et des espaces verts supplémentaires ont été aménagés, tels un jardin et un arboretum. 

 

Une architecture bioclimatique

Cet édifice a été construit dans une démarche bioclimatique afin de l’adapter au climat tropical mahorais. Les architectes ont privilégié l’utilisation de matériaux naturels et durables, ainsi qu’une série de dispositifs destinés à tirer partie de la géographie du site.

 

Construit en pente et en partie ouvert, le bâtiment favorise la ventilation naturelle et laisse circuler les brises marines afin d’apporter de la fraîcheur aux espaces intérieurs. Des brise-soleil ont été installés le long des fenêtres, protégeant les salles de classe de la chaleur sans obstruer les vues sur le paysage. Un système de gestion des eaux pluviales permet un écoulement rapide en cas de fortes averses. 

Le collège a été construit sur pilotis pour préserver les corridors écologiques existants. Il a également été adapté pour répondre aux fortes contraintes sismiques de l’île.

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3 questions posées à Cédric Delahaye et Antoine Perrau de LAB Réunion

 

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce projet ?

Cédric Delahaye : L'enfance n'est pas nécessairement préparée pour être cloisonnée dans des bâtiments institutionnels qui peuvent contraindre la capacité des élèves par leurs aspects mal étudiés ou peu adaptés. Un collège est un lieu de vie et d'enseignement. Aussi, la beauté des lieux (au sens  de l'intensité générée par les lieux) est une condition sine qua non de la qualité de vie et d'enseignement. C’est pourquoi, avant de nous préoccuper du bâti, nous avons cherché à recréer un jardin.

Dès le départ la philosophie qui a sous-tendu notre projet a été celle de l’impact minimal tant visuel que physique sur le site. Ce choix a été renforcé par la volonté de préserver les arbres remarquables ponctuant le site, notamment les deux baobabs et le verger d’arbres fruitiers, et la volonté de renforcer la biodiversité du site en créant un arboretum sur un tiers de la parcelle préservée de toute construction. Nous avons développé parallèlement une stratégie bioclimatique basée sur une conception aérothermique éprouvée en soufflerie, afin d’assurer un confort optimal à tous les usagers sans recourir à la climatisation.

Nous avons également cherché à traiter de façon sensible les eaux pluviales en assurant un écoulement libre en surface des talwegs existants, limitant ainsi l’accélération des ruissellements et l’érosion des sols si fragiles à Mayotte. Nous avons également recherché une approche différenciée et pertinente pour une architecture contemporaine à Mayotte, notamment à travers l'usage de filières sèches permettant de faire écho à un bâtiment emblématique de l'île : la maison du gouverneur à Dzaoudzi. Les bâtiments développent ainsi une image intégrée d'architecture institutionnelle et bioclimatique. Les effets de couleurs sont définis en pointillisme à la manière des dessins des bangas sur les pare-soleil des volumes d'accueil et de restauration, portes des locaux, édicules techniques spécifiques.

 

Antoine Perrau : un projet environnemental ambitieux qui représente ce que devrait être la normalité en termes de production architecturale.

 

Que représente pour vous le métier d’architecte ?

C.D. : « L’architecture est un sport de combat » au service de l’intérêt général.

A.P. : Un sacerdoce.

 

Quel est votre premier souvenir d’architecture ?

C.D. : La visite de la Neue Nationalgalerie de Berlin de Mies van der Rohe lorsque j’avais 14 ans.

A.P. : Une cabane dans les arbres.

 

Y a-t-il un bâtiment qui vous inspire en France et qui est injustement méconnu du grand public ?

C.D. :  La Halle Freyssinet

A.P. : Joker, je ne connais pas la culture architecturale du grand public.

 

Quelle est votre vision de l'architecture de demain ?

C.D. : Low Tech et résiliente.

A.P. : Je m’interroge sur le devenir de l’architecture. Une chose est sûre, le métier est à réinventer.

 

3 questions posées à Stéphane Aimé (Tand’M Architectes)

 

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce projet ?

Il s’agit d’un site extraordinaire avec une forte pente et planté de baobabs et de plantations endémiques du sud de l’île. La question de l’implantation du collège dans ce lieu unique à préserver s’est évidemment posée. La première intention fut de concevoir le programme en tenant compte du paysage et de la transparence hydraulique du site, notamment en proposant une construction en filières sèches peu impactantes. Le lieu favorise une ventilation naturelle optimale. Nous avons valorisé les vents et brises marines avec des essais en soufflerie avec l’aide du laboratoire Eiffel.

Une architecture bioclimatique exigeante s’est alors imposée, ouverte aux brises marines avec des spécificités constructives adaptées :

  • une implantation du collège s’étageant selon les courbes de niveaux du site ;
  • une trame constructive la plus faible possible ;
  • une orientation du collège nord-sud préservant les espaces de tout impact solaire trop fort.

Un travail a également été mené sur la porosité du bâti (patio, puits dépressionnaire, pilotis et ouverture des façades sur 50% de leur surface). Un travail précis des protections solaires donne l’image finale du collège.

Le chantier a demandé une exigence de tous les instants et permis de valider toutes les intentions premières. Nous avons prolongé cette volonté de préservation en « sanctuarisant » les zones paysagères remarquables et en valorisant les matériaux issus du site. Les blocs de basaltes excavés ont été entièrement réutilisés permettant de varier certains ouvrages de soutènement et de temporisation des eaux de ruissèlement.

Il en résulte un bâtiment intégré au grand paysage de la baie de Bambo et enveloppé d’une végétation préservée.

 

Que représente pour vous le métier d’architecte ?

Dessiner et concevoir des espaces dans lesquels on se sent bien et sont en harmonie avec leur environnement.

 

Quel est votre premier souvenir d’architecture ?

La toiture-terrasse du château de Chambord et son escalier à double révolution qui me permettait d’échapper à mes parents !

 

Y-a-t-il un bâtiment qui vous inspire en France et qui est injustement méconnu du grand public ?

Il y en a beaucoup trop ! Certains m’inspirent pour un détail, pour leur ambiance ou pour l’émotion qu’ils génèrent.

 

Quelle est votre vision de l'architecture de demain ?

Une architecture juste, raisonnée, protectrice et en accord avec son environnement.