Architecture du quotidien : habitat collectif

Publié le 27.08.2020
La 5e édition des Journées nationales de l’architecture met l’architecture du quotidien à l’honneur. Après les équipements sportifs, les équipements culturels et les autres équipements, découvrez un nouvel épisode consacré à l’habitat collectif illustré à travers cinq exemples singuliers : une résidence étudiante, un centre d’hébergement d’urgence, des logements sociaux, des constructions passives et une zone résidentielle.

Résidence So coloc “Les Sheds” (Lyon, Auvergne-Rhône-Alpes) 

 Inaugurée en 2020 à Vaise, ancien quartier industriel lyonnais en pleine métamorphose, la résidence So coloc “Les Sheds” est issue d’un projet de réhabilitation. La métropole de Lyon a confié à Alliade Habitat (bailleur) et au cabinet d’architecture stéphanois A-Mas le soin de mettre en valeur un ancien entrepôt de stockage au toit en sheds, ces toitures découpées en dents de scie caractéristiques de l’architecture industrielle du XXe siècle, et d’y aménager une résidence à loyer modéré pour des jeunes étudiants et actifs de moins de 30 ans.

En raison de la surface très réduite de la parcelle (897 m²), les concepteurs ont dû imaginer des solutions innovantes pour concevoir huit triplex. D’une superficie de 100 m², chaque appartement abrite quatre chambres sur 2 étages accessibles depuis un escalier courant en ligne droite, ainsi qu’une cuisine, un salon, une salle à manger, des salles de bain privatives ou collectives et un espace de travail partagé. Ces logements meublés font la part belle aux matériaux bruts, tels que le bois et le béton. Le toit reprend la forme en dents de scie de l’édifice original et alterne tuiles rouges et parois verticales vitrées, conçues pour favoriser la luminosité. Dans chaque appartement, un patio diffuse une lumière zénithale permettant à toutes les pièces de bénéficier d'une entrée de lumière naturelle et renforçant le sentiment d’espace.

La façade principale a été ouverte, tandis que la structure en acier du bâtiment d'origine, la dalle, ainsi que trois murs ont été conservés. À l’extérieur, un bardage d’aluminium blanc en forme de voile recouvre la façade et donne une identité forte à la résidence. Une pergola en béton la lie à l’immeuble voisin et surplombe une allée paysagère, protégeant les étudiants des regards. L’édifice compte également des espaces collectifs, telle une salle de jeux accessible à tous les locataires, afin de favoriser les échanges. 

Résidence So coloc “Les Sheds”, rue du 3 septembre 1944, 69 009 Lyon

 

Résidence La Quadrata (Dijon, Bourgogne-Franche-Comté) 

Propriété de Grand Dijon Habitat, La Quadrata est une résidence de 40 logements sociaux réalisée par l’architecte Sophie Delhay. Livrée en 2019, elle est bâtie à l’emplacement de l’ancienne cité du Soleil dans le nouvel éco-quartier Via Romana de Dijon. Construite en forme de L, ses deux ailes forment des gradins composés de volumes cubiques encastrés les uns aux autres. Ses façades extérieures sont parées d’une couverture en aluminium ondulé aux reflets argentés.

La résidence propose des logements individuels, semi-collectifs et collectifs de 2 à 5 pièces (2 logements de type T1, 12 logements de type T2, 16 logements de type T3 et 10 logements de type T4). L’accent a été mis sur le confort des habitants et la distribution des espaces entend répondre aux nouvelles façons d’habiter. Toutes les pièces sont carrées et d’une superficie de 13 m². Elles sont séparées par des cloisons amovibles, rendant les logements modulables et adaptables en fonction des envies et des besoins des locataires. Chaque appartement dispose d’une terrasse ou d’une loggia de même dimension. Cet immeuble-gradin comprend également un espace partagé accessible depuis les communs des logements ou depuis le porche d’entrée. 

Grand Dijon Habitat (en partenariat avec la Banque des Territoires) a remporté le prix Coup de coeur des trophées de l'innovation HLM 2019 pour cette résidence. Elle a également été récompensée par le grand prix du jury et le prix de la typologie la plus créatrice des prix AMO "Architecture et Maîtres d'ouvrage" 2019, ainsi que par l’Équerre d'argent 2019 dans la catégorie habitat.

Résidence La Quadrata, 49 bis avenue de Stalingrad , 21 000 Dijon

 

Logements de la ZAC du Grand large - Neptune (Dunkerque, Hauts-de-France) 

En 1991, la ville de Dunkerque lance un vaste projet de réhabilitation de ses friches portuaires abandonnées suite à la fermeture des chantiers navals en 1988. Cette initiative donne naissance au projet Neptune dont l’objectif est de “réorienter la ville vers ses bassins”. L’agence britannique Richard Rogers Partnership est sélectionnée pour en élaborer le plan directeur.

Dans les années 2000, l’agence d’architecture ANMA est retenue pour construire les logements de la ZAC du Grand large-Neptune sur plus de 40 hectares autour du môle du Grand large. Livré en deux phases (2010 et 2012), le premier ensemble se compose d’immeubles collectifs hébergeant des logements familiaux (dont certains sont traversants) et bâtis en bord de digue. Ils se distinguent par leur allure élancée et leur silhouette contemporaine revisitant l’architecture traditionnelle des maisons flamandes à gâbles. Ils offrent un signal fort à l’entrée du port et ont permis à l’agence ANMA d’obtenir l’Équerre d’argent 2010. En coeur d’îlot, des immeubles plus petits de deux étages bardés de bois et végétalisés sur leurs toits s’insèrent dans un parc urbain. Une cinquantaine de maisons individuelles cubiques en bois et en béton agrémentées d’un jardin complètent l’ensemble. 

Labellisés Haute qualité environnementale (HQE), ces logements sont très efficients sur le plan énergétique. Gestion des eaux de pluie, panneaux solaires sur les toits des maisons, recours au béton en pierre ponce pour favoriser l’isolation, système de ventilation naturelle assistée (VNA) sous les toitures des immeubles à pignons… Tout est conçu pour réduire l’impact environnemental du quartier. Enfin, l’accent est également porté sur la mixité sociale, des logements sociaux côtoyant des immeubles privés et des maisons individuelles en accession à la propriété. 

ZAC du Grand large - Neptune, 59 140 Dunkerque

 

Centre d’hébergement d’urgence (Ivry-sur-Seine, Île-de-France) 

Construit en 2017 pour le compte de l’association Emmaüs Solidarité, le centre d’hébergement d’urgence d’Ivry-sur-Seine a été aménagé sur le site des bassins filtrants de l’ancienne usine des eaux de Paris, mis à disposition par la ville pour une durée de cinq ans. D’une superficie de près de 5 000 m², il comprend 400 logements destinés à l’hébergement de personnes migrantes et de Roms, (femmes isolées, mineurs, couples…) pendant 3 à 6 mois, le temps de préparer leur demande d’asile. 

L’architecte Valentine Guichardaz-Versini de l’Atelier Rita (Ajap 2018) et l’entreprise Brézillon ont bâti une plateforme sur pilotis métalliques au-dessus des anciens bassins filtrants afin de respecter le Plan de prévention des risques d’inondations (PPRI). Cette dernière accueille 210 modules préfabriqués démontables et réutilisables en bois, conçus par l’entreprise Ossabois. Chaque module mesure 3 mètres de large et 6 mètres de long et abrite des logements reconfigurables en fonction des besoins des familles. D’une superficie de 12 à 40 m², ils peuvent héberger jusqu’à 10 personnes. 

Côté aménagement, le site a été pensé comme un “morceau de ville” pour garantir le confort et la dignité de ces populations fragiles et favoriser leur intégration. L’espace est divisé en six unités de vie pour 67 personnes, organisées comme des quartiers et traversées par des rues. Installés dans des yourtes, les équipements collectifs (salle à manger, salles polyvalentes, salles de classes…) sont regroupés autours d’un axe central. Un pôle médical géré par l’association Médecins du monde et un pôle consacré aux démarches administratives complètent l’ensemble. Construit en moins de cinq mois, le centre d’hébergement d’urgence d’Ivry-sur-Seine s’est vu décerner l’Équerre d’argent 2017. Grâce à ce projet, l’Atelier Rita est également lauréat du prix de la Première Œuvre 2017 et a obtenu la mention spéciale du prix des étudiants des Green Building Solutions Awards 2018 organisés par Construction 21.

Centre d’hébergement d’urgence, 10 rue de la baignade, 94 200 Ivry-sur-Seine

 

Quatre logements bois-paille passifs (Plainfaing, Grand Est) 

Financé par le Toit vosgien (bailleur social), cet immeuble d’habitation se compose de quatre logements. Il a été conçu par l’agence vosgienne ASP Architecture, auteure de plusieurs bâtiments passifs construits en matériaux bio-sourcés et dont le savoir-faire dans le domaine de la construction bois est reconnu.

Inaugurés en 2018 à Plainfaing, ces quatre logements de type T3 comptent une superficie de 73 à 77 m² chacun et se partagent un carport pouvant abriter 4 véhicules, des vélos mais également les réserves de bois de chauffage. La silhouette du bâtiment revisite l’architecture traditionnelle des fermes vosgiennes en lui apportant une note contemporaine avec sa façade de briques et de tuiles en terre cuite alternant 3 teintes (noir mat, noir brillant et gris mat). Maîtrise de l’inertie, récupération de la chaleur des eaux usées, orientation des ouvertures, chauffe-eau thermodynamique couplé sur l’air extrait de la VMC… ASP Architecture a opté pour une conception bioclimatique dans le but réduire l’empreinte carbone des logements et le montant des charges des résidents.

Un parti pris qui se retrouve également dans le choix de matériaux bio-sourcés tels que le bois qui compose la structure du bâtiment, l’isolation en fibre de bois sur l’extérieur ou les murs de 45 cm d’épaisseur remplis de 38 cm de paille. Ces quatre logements ont obtenu le label Passiv Haus et sont lauréats du prix Fibois Grand Est 2019. 

Quatre logements bois-paille passifs, 4 rue de la Meurthe, 88 230 Plainfaing