Architecture du quotidien : Habitat individuel

Publié le 04.09.2020
L’architecture du quotidien est le thème à l’honneur de la 5e édition des Journées nationales de l’architecture ! Après une sélection d’équipements sportifs, d’équipements culturels, d’autres équipements, d’habitats collectifs et de locaux commerciaux ou d’entreprises, découvrez cette dernière série consacrée à l’habitat individuel, à travers cinq exemples situés à La Réunion, en Corse, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Normandie.

La villa TnTx (Saint-Leu, La Réunion)

Livrée en 2009 à Saint-Leu (La Réunion), la villa TnTx revisite la case créole traditionnelle. Cette maison individuelle conçue par l’agence réunionnaise TT Architecture est construite à flanc de colline. 

Elle se compose de deux volumes à ossature bois (poutres, charpentes…) bâtis de plain-pied. Les parois extérieures et la toiture du premier volume sont conçues en tôle ondulée, dont la teinte métallisée renvoie la lumière du soleil. Moins haut, le deuxième volume dispose d’un toit plat. Il est couvert de « bardeaux », ces lattes de bois superposées et disposées en quinconce caractéristiques de l’architecture insulaire et conçues pour protéger du vent et laisser ruisseler les gouttes de pluie. Au bout du bâtiment, une large terrasse de bois offre un panorama sur le paysage environnant. À l’intérieur de la villa, les pièces de vie s’articulent autour d’un puits de jour végétalisé diffusant la lumière zénithale. À l’extérieur, un jardin créole entoure la maison et se caractérise par sa spontanéité. Sa végétation composée de nombreuses variétés de plantes, fleurs et arbres fruitiers endémiques devient de plus en plus dense et luxuriante au fil des années.

La villa TnTx a obtenu le prix d’architecture de La Réunion 2018. Organisé par le conseil régional de l’ordre des architectes (CROA) de La Réunion et la maison de l’architecture de La Réunion, ce prix met en avant des édifices sélectionnés pour leurs qualités architecturales et vise à sensibiliser le grand public au savoir-faire des acteurs locaux de la construction. 

Villa TnTx , 97 436 Saint-Leu

 

La villa KGET (Ensuès-la-Redonne, Provence-Alpes-Côte d’Azur)

Livrée en 2016, la villa KGET se situe sur un terrain escarpé de 785 m² perché sur les hauteurs d’Ensuès-la-Redonne (Bouches-du-Rhône) et surplombant la mer. Il est contraint par un fort dénivelé de 40 mètres. Suivant un plan en triangle, la maison se dresse sur pilotis “afin d’optimiser la surface constructible” sans modifier les courbes naturelles du terrain.

Elle se répartit sur deux niveaux principaux construits en gradins offrant des vues dégagées sur la mer. Un rez-de-jardin accueille une salle d’eau et deux chambres et un rez-de-chaussée auquel est relié l’escalier d’accès à la maison, abrite le séjour et une cuisine donnant sur une terrasse. Autour de la villa, coursives et terrasses prolongent les espaces intérieurs. Les architectes marseillais Catherine Bonte et Christophe Migozzi ont conçu une maison en ossature bois qui revisite et réinterprète l’esprit du cabanon, tout en faisant écho à la culture méditerranéenne. Sa structure est en lamellé-collé (matériau obtenu par collage de plusieurs lamelles en bois de douglas), tandis que les parois intérieures sont revêtues de panneaux Shinnoki en frêne (panneaux légers en placage bois prêts à l’emploi). Ils offrent un design épuré aux pièces. Conformément au souhait de ses propriétaires, la villa KGET est en effet construite intégralement en bois, afin de minimiser son impact sur ce terrain boisé et peuplé d’essences endémiques. 

À l’extérieur, elle est également recouverte d’une enveloppe composée de tasseaux de mélèze disposés verticalement tels des pare-vues. Au-dessus de la terrasse, ils forment une tonnelle en écho aux tonnelles provençales et sont destinés à accueillir de la végétation pour permettre à l’ensemble de se fondre davantage dans le paysage. La villa KGET est lauréate 2017 du prix Archinovo de la nouvelle maison d’architecte en France. 

Villa KGET, 13 820 Ensuès-la-Redonne 

 

La maison MF (Vico, Corse)

La maison MF est une résidence secondaire bâtie sur un terrain pentu de 4700 m² dominant la vallée du Liamone à Vico, en Corse-du-sud. Conçue par l’architecte Jean-Christophe Quinton et livrée en 2019, elle dialogue avec son environnement spectaculaire et allie tradition locale et style résolument contemporain. 

Cette maison de plain-pied d’une surface de 160 m² s’inscrit dans les courbes de la parcelle et se présente sous la forme d’un « éclatement prismatique » en différents volumes projetés vers le paysage. Chacun des volumes est saillant et cadre les sommets environnants, invitant le relief dans les pièces de vie à travers de grandes baies vitrées offrant des points de vue différents. Chacune des cinq extrémités de la maison est orientée différemment : le salon cadre avec le massif du Rotondo, la salle à manger donne sur les crêtes d’une falaise, tandis qu’une des chambres plonge vers la rivière. Les façades extérieures, les murs intérieurs ou les tuiles romaines du toit sont peints en blanc en référence à l’architecture méditerranéenne traditionnelle. 

Les murs sont constitués de blocs de béton cellulaire tandis que la charpente et les sols sont conçus en bois. Un patio installé entre la chambre et le jardin sert de liaison intime entre l’intérieur et l’extérieur de l’habitation. 

 

La maison K (Forcalquier, Provence-Alpes-Côte d’Azur)

Livrée en 2017, la maison K est bâtie à flanc de colline sous la citadelle de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence). Elle se dresse sur un terrain exigu et accidenté, uniquement accessible par une étroite rue pavée en pente de 2,20 mètres de large. Au-delà de ces contraintes, Forcalquier se situe en zone sismique de niveau 4 et le sous-sol de son coeur historique recèle de cavités. Le chantier a donc dû relever de nombreux défis techniques. 

Le premier impératif consistait à mettre en valeur le patrimoine historique du site. Une fois les travaux de démolition et de terrassement réalisés, les architectes Wolfram Bernau et Patrick Verbauwen ont choisi de réutiliser toutes les pierres des ruines des anciens immeubles, de les tailler et de les repositionner pour construire la maison. L’autre contrainte était de créer un bâtiment qui se fonde dans le paysage. Côté ruelle, un parement en pierre calcaire de 25 cm auto-porteur vient s’ancrer sur une structure légère bois-métal. Des ouvertures y sont découpées telles des failles, tandis que les volets et la porte du garage sont “ajourés de fines rainures” pour préserver l’intimité des pièces tout en laissant pénétrer la lumière extérieure. Il en résulte une maison sobre et quasiment invisible depuis la rue, malgré ses 238 m² et ses 32 mètres de long. Seule une partie du premier étage est visible depuis les hauteurs. Côté structure, les architectes ont opté pour des poutraisons fines en métal, complétées par un remplissage bois qui constitue l’un des principaux matériaux principaux de la maison, notamment pour les planchers, les murs et les toitures. 

À l’intérieur, une grande cuisine ouverte donne sur le séjour, tandis qu’une salle de bains et trois chambres, dont une avec un patio, sont disposées en enfilade. On accède au jardin par une rampe. De l’inclinaison du toit destinée à garantir un apport solaire maximal à l’isolation des murs en fibre de bois, en passant par l’installation d’un système de collecte des eaux de pluie, la maison K a été conçue pour limiter son impact environnemental. Ce projet a été récompensé lors de la cérémonie des Trophées de la construction 2019, dans la catégorie « Construction - logement individuel ».

Maison K, 04 300 Forcalquier

 

La maison « Viking » (Fermanville, Normandie)

Livrée en 2017, la maison Viking est le fruit de la rénovation d’une cabane de pêcheur située sur un rocher face à la mer, à Fermanville dans le Cotentin. Son nom fait écho aux assaillants scandinaves qui auraient débarqué sur cette plage sauvage du Cotentin au IXe siècle. Construite dans les années 1950 et non raccordée aux réseaux d’électricité et d’eau jusqu’à sa réhabilitation, elle formait un bloc de parpaings sans ouvertures et surmonté d’une toiture en tôle ondulée. 

Tombés sous son charme, les architectes de l’agence Freaks décident d’en repenser entièrement les espaces en s’inspirant du minimalisme et de la sobriété de l’architecture japonaise et du design scandinave. Le projet a consisté à optimiser son espace très réduit de 12 m² (3 mètres par 4) sans agrandir la maison, afin de respecter la loi littoral. À l’intérieur, les architectes sont parvenus à aménager un bloc fermé pour abriter la salle d’eau et une douche à l’italienne intégralement vitrée. La cuisine est ouverte sur le salon où sont disposés un canapé, une bibliothèque et une table à manger pour 8 personnes. Au-dessus, une mezzanine accessible par une échelle positionnée dans un coin de la maison permet d’accéder à un lit deux places. À l’extérieur, la façade et le toit à deux pans sont recouverts d’un bardage métallique en tôle ondulée de couleur champagne, isolé à l’arrière. 

La maison Viking semble posée en équilibre entre le rocher et la terrasse orientée plein ouest pour admirer les couchers du soleil. Elle renoue avec son environnement, notamment grâce aux deux grandes baies vitrées percées dans ses parois, permettant de contempler la mer et le paysage et d’augmenter la sensation d’espace.

Maison Viking, 50 840 Fermanville