L’école maternelle Vincent Auriol - affiche Île-de-France

Publié le 23.09.2020
L’école maternelle Vincent Auriol a été inaugurée en 2019 dans le 13e arrondissement de Paris. Conçue par le duo d’architectes LA Architectures (prix de la première oeuvre 2014) et Atelier Corentin Desmichelle, elle a été sélectionnée pour représenter la région Île-de-France sur l’une des 19 affiches de la 5e édition des Journées nationales de l’architecture.

Une construction sur trois niveaux

Les architectes ont conçu un édifice de 3 niveaux en coeur d’îlot. Le rez-de-chaussée abrite les espaces de vie et de détente, un préau, un réfectoire, un centre de loisirs et une salle de propreté. Le premier étage réunit 6 salles de classe et la salle de repos et le deuxième étage rassemble l'espace premiers livres, le pôle médico-social et le jardin pédagogique en terrasse. 

La cour de récréation positionnée le long de la rue permet une grande diversité d’usages (ballon, tricycles, jeux collectifs, fête de l’école...) et comprend une zone de jeu en sol souple, ainsi qu’une partie couverte. 

Une école pensée comme « un village »

Avec ses terrasses-jardins végétalisées, ses préaux et son « donjon », volume saillant de deux niveaux, l’école est pensée comme « un village ». Elle est traversée par une promenade intérieure menant de la rue aux salles de classes et desservant les différents espaces fonctionnels et pédagogiques. 

La végétation occupe une place centrale dans la cour et sur les toitures. Le projet paysager conçu par l’agence d’urbanisme et de paysage Atelier Volga crée une continuité écologique avec les espaces verts voisins.

Niveau BBCA associé au label E+C-, niveau BaSE du label Passivhaus, certification HQE... Le bâtiment a obtenu plusieurs labels de performance énergétique. Les architectes ont opté pour l’utilisation de matériaux biosourcés ou recyclés (ossature bois, isolation en paille des façades…) et privilégié la production locale, à l’image des briques en terre cuite moulées à la main dans l’un des derniers fours traditionnels de France, près de Paris. 

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QUELQUES QUESTIONS POSÉES À LA ARCHITECTURES ET ATELIER CORENTIN DESMICHELLE

 
Pouvez-vous dire quelques mots sur ce projet ?

LA  ARCHITECTURES : en premier lieu, le programme est le résultat d’un partenariat fort entre la DASCO (Direction des affaires scolaires de la ville de Paris), la mairie du 13e, le maître d’ouvrage (la SEMAPA), ainsi que l’équipe d’urbaniste et ingénieurs environnementaux qui ont travaillé ensemble à la recherche d’une bonne intégration urbaine de l’école (concertation avec les riverains, programme environnemental très élevé, travail sur l’îlot vert).

L’agence LA Architectures – prix de la première oeuvre 2014  - et l’atelier d’architecture Corentin Desmichelle ont conçu ce projet en 2015 avec l’envie de travailler ensemble au développement d’équipements à forte valeur environnementale et à haute qualité d’usages, autour de nos compétences et expériences respectives sur les matériaux bois, bio-sourcés, paille.

L’école maternelle Vincent Auriol a été pensée pour accueillir des enfants de 3 à 6 ans, mais sans pour autant réduire l’architecture à celle du ludique, du coloré. L’idée était de proposer aux enfants un univers zen, calme, assez neutre, avec des matériaux nobles : matières naturelles, à toucher, à voir, briques de terre artisanales, bois massif, bois brut, sol lino….

Pour ces jeunes publics, notre idée était de proposer une architecture fonctionnelle, des espaces « support du faire et de l’exploration » : ainsi, l’école est pensée comme « un village ». Le bâtiment s’organise comme une promenade depuis la rue Jeanne d’Arc, jusqu’au coeur du programme et ses trois étages. Chaque élément du projet - cour de récréation, mur de l’entrée, centre de loisirs, classes et salle de lecture - va dans le sens d’une promenade architecturale et accompagne le programme.

La rue intérieure amène parents et enfants vers l’ensemble du programme et la placette intérieure de l’école. Elle organise des dilatations, une alternance de volumes pleins, épais, en briques et de cloisons vitrées. La traversée est une promenade et fait ressentir l’arrivée le matin ou le départ en fin de journée comme un élément positif et non subi.

Les espaces intérieurs et l’architecture du projet s’organisent au gré des vues proposées par le contexte et des qualités d’éclairage naturel, ainsi qu’autour du propos de la déambulation intérieure, qui, depuis le rez-de-chaussée et sa rue intérieure, se développe sur les étages du projet.

Nous avons puisé dans nos propres expériences spatiales et temporelles en tant que parents. Nous nous sommes également inspirés de nos propres enfants et nous sommes remémoré notre enfance. A chaque fois que l’on posait le crayon pour penser un mur, un parcours, un espace, on se disait : « je suis un parent, qu’est-ce que je veux voir ? Quel temps je mets pour aller chercher mon enfant ? » ou encore « si ma fille était inscrite dans cette école, où accrocherait-elle son manteau ? Comment fait-on pour lui proposer un déjeuner apaisé, une parenthèse dépaysante dans sa journée ? ». Bref, il s’agissait ici de penser l’espace dans une notion de temporalité et d’usages, d’actions.

Atelier Corentin Desmichelle : la fiche de lot du concours imposait l'implantation du projet dans un coeur d'îlot très arboré. Nous avons donc conçu l'école de façon à offrir de grandes surfaces végétales sur les toitures entre les immeubles qui sont en surplomb. Ainsi nous conservions  cette continuité végétale de coeur d'îlot. Puis nous avons ouvert les volumes du projet afin d'offrir à la parcelle un maximum de porosité urbaine. A l'intérieur, l'organisation des pièces et des distributions bénéficie d'un rapport visuel constant avec les alentours. Enfin nous avons utilisé des matériaux utilisant un minimum d'énergie à leur fabrication. La brique est cuite au feu de bois, le bois stocke du carbone et se renouvelle naturellement et la paille est le seul isolant renouvelé chaque année qui stocke davantage de CO2 qu'il n'en émet dans sa fabrication et sa mise en oeuvre. Les atmosphères des différents lieux de l'école répondent aux besoins des tout petits. Les lumières sont douces et chaleureuses. La diversité des géométries permet de d'enrichir l'usage et l'appropriation des lieux.

 

Que représente pour vous le métier d’architecte ? 

LA  ARCHITECTURES : c’est avant tout un métier social. Un métier qui permet de faire la synthèse de questions techniques (comment construire ?), de questions fonctionnelles ( comment organiser les plans ?) tout en intégrant des éléments dépassant le champ même de la question posée par nos clients : quel bâtiment pour quelle ville ? Quel supplément d'âme ? Quels bénéfices sociaux, environnementaux et opportunités embarquées avec la commande ? Le métier d’architecte est complexe et mal connu. C‘est un métier profond, avec des responsabilités qui vont au-delà du juridique : la responsabilité du lien et du bien-vivre.

Atelier Corentin Desmichelle : le métier d'architecte est un travail d'écoute et de synthèse à faire entre un maître d'ouvrage, des usagers, des artisans et un territoire. A chaque époque de l'histoire, les architectes ont exprimé leur temps. Le XXIe siècle est celui de la prise de conscience des limites physiques de la planète. Dépassant la blessure narcissique que cela représente (le pétrole est une drogue dure), les projets doivent illustrer cet état de fait en prenant connaissance de la dynamique du vivant (matériaux écologiques) et du renouvellement des villes sur elles-mêmes (rénovation, réemploi).

 

Quel est votre premier souvenir d’architecture ?

LA  ARCHITECTURES : il y en a autant que notre âge ! Le rapport à l’espace est toujours en constant mouvement et est influencé par notre agence, nos connaissances, nos expériences personnelles. Jeunes enfants, notre premier rapport à l’espace, était notre maison, notre chambre. Plus tard, adolescents, ce fut Beaubourg, le musée d’Orsay et tant d’autres. Jeune étudiante en architecture : Le Corbusier, Botta... Aujourd’hui, ce serait le musée Soulages ou les travaux d’Anna Heringer.

Atelier Corentin Desmichelle : enfant, je voulais être ébéniste ou menuisier. Puis l'idée de trouver un métier qui porte à la fois sur la faculté d'abstraction et la matérialité très concrète m'attirait. J'ai finalement trouvé que le métier d'architecte était tout à fait adapté à mes questions vis-à-vis du rapport au monde que je voulais construire. Mes plus anciens souvenirs d'enfance sont liés aux architectures régionales françaises et leurs charmes ruraux. Une fois étudiant, je suis tombé sur les oeuvres d'Alvar Aalto ou de F.L Wright qui m'ont fasciné. 

 

Y-a-t-il un bâtiment qui vous inspire en France et qui est injustement méconnu du grand public ?

LA  ARCHITECTURES : il y en a tellement ! Plus que des bâtiments ou des architectures, certains ensembles urbains méritent d’être visités et mieux compris dans leur histoire : à Châtenay-Malabry, le quartier de la Butte-Rouge, la cité de Robert Auzelle à Clamart ou son travail sur les cimetières, les petites unités de vie et autres auberges de jeunesse de Roland Schweitzer …

 Atelier Corentin Desmichelle : je regrette qu'en France l'architecture soit souvent associée aux monuments historiques ou contemporains. J'aimerais qu'on apprenne à l'école l'importance de la qualité spatiale ordinaire, ainsi que la qualité des matériaux comme la brique, le bois ou la terre crue. Au-delà d'un bâtiment, ce sont des typologies de constructions vernaculaires régionales qui m'inspirent.

 

Quelle est votre vision de l'architecture de demain ? 

LA  ARCHITECTURES : architecture et architectes sont finalement immuables. Leur mission respective au cours des siècles a peu évolué. En revanche, ce qui change, c’est le contexte de la commande (contexte politique, qui commande ?), les évolutions sociétales, les techniques constructives, la géographie, les conditions climatiques. Demain, l’enjeu à l’échelle macro est de construire différemment la ville – qu’elle soit urbaine ou rurale - avec une autre densité, de repenser les liens sociaux au travers de la notion renouvelée de rue, de repenser l’organisation du territoire pour rééquilibrer les déplacements, bref, de repenser les déséquilibres engendrés depuis l’ère industrielle et post-industrielle. Demain, l’enjeu à l’échelle micro sera de construire différemment le bâtiment. De le construire avec les techniques d’hier pour des bâtiments plus sains : plus locales, plus frugales, moins plastiquées, plus bio-sourcées. Demain, en architecture, c’est aujourd’hui …

 Atelier Corentin Desmichelle : je rêve d'une architecture dont les murs et les toits soient issus le plus possible de leurs territoires géographiques proches, que les matériaux employés soient moissonnés dans les champs (arbres, céréales et herbacées). Je rêve que l'on ne creuse et que l'on ne chauffe quasiment plus. Je rêve que le temps de la construction et celui du végétal s'associent. Je rêve que le dehors soit aussi confortable que le dedans et que les besoins fondamentaux (abri, nourriture et convivialité) soient répartis sous forme de biorégions urbaines. Je souhaite que des imaginaires régionaux émergent partout et fassent davantage rêver qu'un monde globalisé et uniforme.