Outil théâtral A Stazzona - affiche Corse

Publié le 12.10.2020
Espace dédié aux expérimentations théâtrales bâti au coeur d’un paysage naturel exceptionnel, l’outil théâtral A Stazzona a été inauguré en 2010 à Pioggiola (Haute-Corse). Conçu par l’agence Villa Battesti Architectes et Associés, il a été sélectionné pour représenter la Corse sur l’une des 19 affiches de la 5e édition des Journées nationales de l’architecture.

Un subtil ancrage dans son environnement

L’outil théâtral A Stazzona (la forge en corse) est bâti au coeur du parc naturel régional de Corse. Ce projet a été impulsé par une association artistique et culturelle locale et par des élus désireux de créer un lieu de création capable d’apporter un nouveau souffle à ce territoire rural de la vallée du Giussani.

Au milieu des châtaigniers, un parallélépipède à la silhouette sobre et épurée vient se poser sur un socle en béton. Surmonté d’un toit plat végétalisé, ses parois sont couvertes d’un bardage en pin laricio, conifère endémique de l’île. Cette enveloppe prend progressivement la patine du temps, l’insérant toujours plus harmonieusement dans le paysage. 

 

Un lieu ouvert sur l’extérieur

Ce volume est accessible depuis une passerelle ouverte conçue en bois de chêne, pouvant également servir de scène de spectacle en plein air. Elle traverse l’intérieur du bâtiment en coursive avant de déboucher de l’autre côté sur un balcon en porte-à-faux.

Elle divise les espaces intérieurs en deux parties fonctionnelles. D’un côté se trouve la principale salle de répétition et de représentation. D’une surface de 470 m2, elle peut accueillir 300 personnes. Elle est libérée des contraintes de structures, déportées en façades et en toiture. De l’autre côté, se situe un “pôle de travail” abritant 4 salles de répétition, 2 loges, des locaux de stockage, un atelier de costumes et de couture, un studio et une régie. 

Particularité architecturale rare pour un théâtre, 4 grandes ouvertures offrent des vues sur le paysage et laissent pénétrer la lumière naturelle à l‘intérieur. 

En 2019, l’outil théâtral “A Stazzona” a été lauréat du premier palmarès d’architecture de Corse (PRAC) dans la catégorie L (large).

__

QUELQUES QUESTIONS POSÉES À L’ARCHITECTE ANDRÉ BATTESTI (VILLA BATTESTI ARCHITECTES ET ASSOCIÉS)

 

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce projet ?

L’outil théâtral A Stazzona est conçu comme un lieu d’accueil d’activités diversifiées autour du théâtre. A Stazzona, cube de bois construit en pin laricio, apparaît dans le territoire dans un silence métaphysique. Cet édifice doit accueillir, mais aussi grâce à son caractère affirmé, être le moyen de transmettre une énergie aux utilisateurs acteurs. A Stazzona abrite les activités de l’association l’Aria, présidée par Robin Renucci, mais symbolise également la renaissance et le repeuplement de la vallée du Ghjunsani. Il constitue un formidable exemple du regain d’attractivité des territoires ruraux corses. 

 

Que représente pour vous le métier d’architecte ?

Je pratique quotidiennement le métier d’architecte avec joie. La pratique de ce métier invite à développer des savoirs et des intérêts variés (littérature, économie, artisanat, sciences techniques, géographie….). Être architecte, c’est avant tout être curieux : curieux du monde et curieux de la vie.

 

Quel est votre premier souvenir d’architecture ?

Les premiers souvenirs d’expériences architecturales se situent pour moi dans les différentes maisons dans lesquelles j’ai grandi : différentes chambres, différents escaliers, différentes cuisines, différentes fenêtres, différentes luminosités… Ainsi, commence à se constituer une bibliothèque de souvenirs d’expériences spatiales qui ne cessera d’être enrichie au cours de la vie.

 

Y-a-t-il un bâtiment qui vous inspire en France et qui est injustement méconnu du grand public ?

Je ne suis pas sûr d’être habilité à déterminer ce qui est juste de ce qui est injuste… C’est avec intérêt et plaisir que j'observe les architectures vernaculaires en Corse, en France, en Italie et ailleurs. L’anonymat de telles architectures n’attirent pas les grandes foules, ce qui les protège.

 

Quelle est votre vision de l'architecture de demain ?

Je suis globalement pessimiste, spécialement quant à l’absence de désir d’architecture de la part de la société (ne pas confondre ici architecture avec spéculation immobilière, décoration, gesticulation de façade, etc…). Pour ce qui est de l’architecture de demain, nous pourrions paraphraser Michel Houellebecq qui dit au sujet du monde de demain « ce sera le même, en un peu pire ». Demeureront de rares possibles contextes d’architecture : ce sont ces situations qui nous intéressent tout particulièrement pour notre pratique professionnelle.