Résidence Les Colibres - affiche Provence-Alpes-Côte d’Azur

Publié le 21.09.2020
Les Colibres est une résidence intergénérationnelle, écologique et solidaire inaugurée en 2017 à Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence). Conçue par les architectes Sylvie Détot et Bijan Azmayesh (L’Atelier Ostraka), elle a été pensée pour favoriser le vivre-ensemble, la sobriété énergétique et l’adaptation aux nouveaux usages. La résidence Les Colibres a été sélectionnée pour représenter la région Provence-Alpes-Côte d'Azur sur l’une des 19 affiches de la 5e édition des Journées nationales de l’architecture.

Des logements et des espaces mutualisés 

L’éco-hameau “les Colibres” a été conçu en autopromotion. Les maîtres d’ouvrage et les 31 résidents âgés de 2 à 80 ans ont été impliqués dès la définition du programme pensé pour favoriser la frugalité, l’entraide et les relations sociales. 

La résidence se compose de 3 bâtiments rassemblant 12 logements, dont 8 logements familiaux de 60 à 105 m2 et 4 T2 de 37 m2 destinés à des personnes âgées dotés d’une chambre de 12 m2 pour héberger leurs aidants. 

Chaque logement est traversant et possède une terrasse. Les architectes ont opté pour une volumétrie « en bande » avec de longues façades orientées sud et percées de grandes ouvertures pour favoriser l’entrée de la lumière et offrir des vues sur le paysage.

La résidence compte environ 200 m2 d’espaces mutualisés (salle commune, « pelouse des fêtes », chambres d’amis, sauna, buanderie, ateliers, rangements, locaux à vélos…) entourés d’un jardin partagé de 4000 m2. Les espaces végétalisés ont été aménagés par la paysagiste Hélène Despagne.

Une architecture bioclimatique

Les bâtiments labellisés BDM (bâtiment durable méditerranéen) ont été conçus à partir de matériaux biosourcés : structure en bois local, isolation en laine de chanvre des Alpes, fibre de bois, ouate de cellulose…

Cette résidence est également peu énergivore et favorise l’autoconsommation grâce à des solutions écologiques (vitrage avec facteur solaire, chauffage individuel avec poêle à granulés, cuves de récupération des eaux de pluie, chauffe-eaux individuels alimentés par l’électricité photovoltaïque…).

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QUELQUES QUESTIONS POSÉES À SYLVIE DÉTOT ET BIJAN AZMAYESH

Pouvez-vous dire quelques mots sur ce projet ?

Bijan Azmayesh : Situé à Forcalquier (département Alpes-de-Haute-Provence, altitude 650 m), le projet "Les Colibres" est un projet d'habitat groupé participatif de 10 logements (surface de plancher : environ 800 m² répartis entre des appartements T2 et des T5) et d’espaces collectifs partagés et en grande partie auto-construits (200m² environ : salle commune, grande terrasse, deux chambres d'amis, sanitaires et sauna, buanderie, trois locaux de rangements, un atelier menuiserie, un atelier mécanique, deux locaux à vélos, compost et jardin partagé). La résidence est constituée de 3 bâtiments construits en autopromotion (sur 4 000m² dont 1000m² en espace boisé classé). Ils entourent un jardin central partagé et sont implantés dans un écrin de verdure en pente vers le sud s'ouvrant sur un paysage majestueux (Alpes, Verdon, Citadelle de Forcalquier). L’ensemble compte des logements en duplex, d'autres superposés et accessibles par de larges coursives communes permettant à tous de profiter d'une vue sur les Alpes. Certains logements modulables en rez-de-chaussée sont dédiés aux personnes âgées qui profitent ainsi de l'entraide et de la vie de “coeur de hameau”. Les constructions sont en ossature bois avec toitures terrasses ventilées. Différents isolants ont été mis en oeuvre selon leurs positions dans les bâtiments : ouate de cellulose dans les toitures, panneaux de laine de chanvre du département des Hautes-Alpes, bottes de paille dans les murs de la salle commune et balles de riz dans les toitures des locaux partagés. Les fondations et les pieds de murs ont été isolés en Périboard. Les logements sont équipés de poêles à granulés, ont des besoins faibles (entre 16 à 22 kWh/m²/an) et sont dépourvus de climatisation, les températures intérieures restant inférieures à 25°C en été depuis la livraison de novembre 2017. La production d'électricité repose largement sur l’autoconsommation (58 % de la production des 96 m² installés sur les ombrières sont autoconsommés). Enfin, plusieurs logements sont équipés de toilettes sèches.

Que représente pour vous le métier d’architecte ?

B. A. : c'est un métier de liens et de transmission. J'imagine l'architecte faire le lien entre tous les intervenants d'une opération comme le ferait un coulis de chaux liquide qui coule lentement dans un mur ancien en pierre afin de lier les moellons entre eux, de les unir pour la pérennité de l'ouvrage dans une cohésion d'ensemble, pour une transmission. Aussi, comme le tisserand, l'architecte a l'opportunité, à travers des dispositifs spatiaux et des atmosphères, de tisser des liens entre les humains, la faune, la flore et leur environnement. Ceci dans l'ambition de participer à la conception d'une étoffe cohérente et résiliente. 

Sylvie Détot : un métier de création, d'accoucheur des rêves des maîtres d'ouvrage (impliquant parfois de les brimer lorsqu’ils n'ont pas les moyens de leurs ambitions) dont la mission est de traduire en volume, en espace et en confort des programmes variés et parfois mal ficelés. 

Quel est votre premier souvenir d'architecture ?

B. A. : une table à dessin, une règle coulissante articulée en bois, des équerres, des beaux stylos à encre chez un oncle architecte et maire d'une grande ville millénaire en transformation (Ispahan, Iran). Autre souvenir : la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, visitée jeune, souffle coupé, bouche bée devant l'immense falaise sculptée par des milliers de personnes, au milieu de la ville. 

S. D. : un beau château renaissance à Tanlay dans ma Bourgogne natale à 6 ans constitue ma première grosse émotion architecturale. J’ajouterais peut être bien le mémorial des martyrs de la déportation de Pingusson qui pose la question suivante : comment l'architecture peut évoquer, transfigurer ces calvaires, ces douleurs et ces horreurs commises ?

Y-a-t-il un bâtiment qui vous inspire en France et qui est injustement méconnu du grand public ?

B. A. : je trouve du sens dans le Naturoptère d’Yves Perret situé sur la commune de Sérignan-du-Comtat mais aussi à l'envolée du Belvédère du Revard (Savoie) par l'Atelier RITZ, qui redonne la dimension de la vallée et celle de notre propre corps. 

S. D. : beaucoup de bâtiments anonymes mais aussi le beau centre culturel Jean-Marie Tjibaou à Nouméa, signé par Renzo Piano.

Quelle est votre vision de l'architecture de demain ?

B. A. : toute architecture n'a pas vocation à être un signal et un repère dans le paysage. Elle peut le devenir à plus ou moins grande échelle si elle est acceptée et reconnue comme une nécessité, un plaisir, une joie et à contrario, un geste architectural peut assombrir et rendre triste un lieu (alors que tel n'était pas l'intention de départ) et s'imposer à un grand nombre.

Une architecture consciente. Une architecture à vivre. Une architecture qui pense sa naissance avec des ressources humaines et des matériaux naturels peu transformés, proches du lieu de son implantation. Une architecture qui pense sa mort dans une anticipation de sa déconstruction. Que ses éléments prennent une seconde vie différemment dans une nouvelle construction ou reprenne leur cycle de transformation naturelle en se décomposant au rythme naturel du matériau concerné.

Toute architecture n'a pas vocation à s'imposer à son environnement. Comme une construction en terre crue, elle subsiste et traverse le temps (des millénaires), tant qu'elle est choyée, aimée, utile et nécessaire, mais doit se retirer, s'effacer et retourner à la terre/source, comme ces architectures de terre qui semblent fondre au soleil, comme du beurre et se retirer doucement sans laisser de traces.

Une architecture à vivre (et qui ne s'impose pas au vivant) qui se transmet de génération en génération tant qu'elle est utile et appréciée.

Des lieux qui éveillent, réveillent, et émerveillent celui qui les parcourt, au puissant sentiment d'exister : celui d'être là, ici, nulle part ailleurs, habitant de l'étendue et de l'instantané du monde. 

S. D. : j’ajouterai une architecture frugale, confortable, économe en moyens, en ressources et en terrain… et tournée vers la vie !