Restructuration et extension du collège François Pompon - affiche Bourgogne-Franche-Comté

Publié le 06.10.2020
En 2016, le collège François Pompon de Saulieu (Côte-d’Or) inaugure sa nouvelle extension à l’entrée du centre-bourg. Conçue par l’architecte Charles-Henri Tachon, elle a été sélectionnée pour représenter la région Bourgogne-Franche-Comté sur l’une des 19 affiches de la 5e édition des Journées nationales de l’architecture.

Une nouvelle aile pour le collège François Pompon 

Ce projet d’extension visait à regrouper au sein d’un même lieu l’ensemble des salles de classe autrefois réparties sur deux sites. L’architecte Charles-Henri Tachon, lauréat 2003 des Albums des jeunes architectes et paysagistes (AJAP), réhabilite les deux ailes du bâtiment d’origine et en imagine une troisième de 1 400 m², prenant la forme d’une proue de bateau ouverte sur le paysage. Elle complète la forme en L du bâtiment historique et ferme la cour sur un troisième flanc, créant un C, en écho au plan classique des collèges de la République de Jules Ferry.  

Cette extension repose sur un socle de maçonnerie de béton brut légèrement incurvé, afin de suivre le mouvement naturel de la parcelle. Au sommet de l’édifice, l’architecte conçoit une toiture à deux pans couverte de tuiles, conformément aux exigences d’urbanisme. 

 

Un nouveau signal à l’entrée du bourg

À l’intérieur, la structure en bois du bâtiment est visible. Des portiques de 11 mètres de portée franchissent la largeur de l’édifice, le libérant de tout point porteur. L’extrémité de “la proue” abrite les salles de musique, dont la hauteur sous plafond atteint jusqu’à 6 mètres, et la salle de dessin avec ses poutres apparentes. 

De larges ouvertures vitrées offrent des vues exceptionnelles sur le massif du Morvan. La régularité de leur disposition, alliée à celle des poteaux verticaux en bois habillant la façade souligne le caractère institutionnel de l’édifice et offre un signal fort à l’entrée du centre historique. 

Ce projet a obtenu le prix du jury et du public Archicontemporaine 2017, dans la catégorie « équipements ».

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QUELQUES QUESTIONS POSÉES À L’ARCHITECTE CHARLES-HENRI TACHON 

 

Pouvez-vous dire quelques mots sur ce projet ?

L’opération de restructuration et d’extension du collège François Pompon de Saulieu visait à regrouper en un même lieu plusieurs sites dispersés dans le bourg. Le projet consista à démolir une extension déjà réalisée mais qui gênait le nouveau développement proposé.

Les bâtiments conservés, ayant un certain caractère patrimonial, formaient un plan en L. Nous avons alors proposé de refermer le L en ajoutant une troisième aile pour dessiner un C avec en son centre une cour s’ouvrant sur la rue d’Argentine.

Cette nouvelle aile épouse le tracé courbe de la parcelle. Par un jeu de symétrie cette courbe engendre une forme de proue en cohérence avec la toiture en pente à 2 pans. Les deux salles atypiques occupant la pointe de la proue sont destinées à deux enseignements également atypiques : les arts plastiques au premier étage et la musique au deuxième étage.

Le bâtiment est constitué d’un socle de béton brut surmonté d’une charpente en lamibois accueillant deux niveau (R+1 et R+2). La trame structurelle de la charpente est lisible en façade avec un remplissage alternant panneaux pleins en bardage de bois et baies vitrées. À l’intérieur du bâtiment, la structure porteuse reste visible rendant intelligible la manière dont est construit le bâtiment.

Au-delà de la qualité individuelle de chaque espace, la conception du bâtiment participe à l’éducation des élèves en leur offrant la possibilité de comprendre la construction mais aussi en leur offrant des espaces extraordinaires, c’est-à-dire hors de leur ordinaire.

 

Que représente pour vous le métier d’architecte ?

Le métier d’architecte n’est pas tant un métier qu’une magnifique opportunité d’oeuvrer à la transformation de notre environnement quotidien. Construire le collège de Saulieu signifie participer à la structuration de l’espace urbain en offrant une nouvelle entrée dans le bourg. Il s’agit aussi de donner une atmosphère chaleureuse et apaisante à chacune des journées passées au collège pendant plusieurs années. Chaque projet est une transformation de notre monde, parfois très modeste mais toujours sensible qui engage la responsabilité de l’architecte au service des hommes et du paysage.

 

Quel est votre premier souvenir d’architecture ?

Je n’aurais pas su l'énoncer lorsque je le vivais, mais je crois que grandir entre les murs des vignes de Bourgogne à Mercurey m’a irrémédiablement marqué. Ce n’est pas ce qu’on définit comme l’architecture mais cette sensation de la masse, la précision des assemblages de pierre sèche et la chaleur qui en rayonnait les soirs d’été fondent ce qui fait ma pratique aujourd’hui.

 

Y-a-t-il un bâtiment qui vous inspire en France et qui est injustement méconnu du grand public ?

Comme ces murs de pierre de Bourgogne, j’apprécie et je m’inspire énormément des modes constructifs des lieux dans lesquels j’interviens. Sans qu’il s’agisse d’œuvres absolument remarquables, je pense que de nombreux bâtiments ou dispositifs urbains sont injustement ignorés, parfois hélas jusqu’au mépris. On le constate trop souvent dans nos villes et nos villages.

 

Quelle est votre vision de l'architecture de demain ?

Comme pour notre alimentation, il faut tendre vers le mieux et rester attentif aux lieux et aux ressources de notre planète. Cette démarche d’une architecture responsable doit se conjuguer avec une volonté farouche de concevoir des espaces émouvants, qui offrent du plaisir à leurs habitants et leurs usagers. Finalement, je crois que cette vision n’est pas si éloignée de celle que nous pouvions avoir hier, ou plutôt avant-hier...