Portrait - L’atelier Morfouace : une architecture environnementale engagée

Publié le 14.10.2019
Lorsqu’il explique pourquoi il a fait le choix de l’architecture, Sébastien Morfouace raconte que depuis son plus jeune âge, cette idée lui trottait dans la tête. Une profession qu’il exerce aujourd’hui avec conviction, mêlant à la fois la construction et la réhabilitation, le tout empreint d’engagements écologiques. Il accompagne également ses clients dans leur projet de maison en autoconstruction. Des rencontres au quotidien qui se révèlent être un engagement de tous les instants !
Sébastien Morfouace et son collaborateur Robin Mathé

Sébastien, comment vous êtes-vous dirigé vers l’architecture ?

J’avais l’idée de devenir architecte depuis la fin de l’école primaire, peut-être à force de jouer aux Légo® ! J’ai été admis à l’école d’architecture de Bretagne à Rennes (ENSAB) en 2000, puis j’ai obtenu l’HMONP (Habilitation à l’exercice de la Maîtrise d’Œuvre en son Nom Propre) à l’école de Nancy (ENSAN) en 2007.

Pendant cette dernière année, j’ai passé six mois au sein de l’agence de Jean-Luc Probst à Hayange (57) qui était à cette période président du Conseil régional de l’Ordre des architectes de Lorraine. C’est à son contact que j’ai vraiment compris les responsabilités de la profession in situ.

En septembre 2007 mon aventure professionnelle m’a reconduit en Bretagne, où j’ai travaillé durant deux ans dans une agence d’une dizaine de personnes à Cavan (22). En parallèle, j’ai créé mon propre atelier d’architecture le 1er septembre 2008 à mon domicile à Plestin-les-Grèves (22). Comme sans doute beaucoup d’autres architectes avant moi, je travaillais le week-end et la nuit sur mes propres projets ! Au début, je n’en avais que deux ou trois, mais je crois que ce sont ceux qui m’ont pris le plus de temps. Je me suis concentré sur les clients particuliers dont la demande a été croissante. Afin d’y répondre, Robin Mathé m’a rejoint en avril 2015 en tant que collaborateur. Son travail a contribué à faire évoluer le mien.

En mars 2017, nous avons emménagé à Locquirec dans le Finistère, dans « la maison-atelier » que j’ai appelée « ti’piloti » (‘ti’ signifie maison en breton) car ses fondations sur pieux ont intrigué le quartier avant de voir arriver le bâtiment en bois posé dessus. Cette année l’atelier Morfouace a fêté ses 11 ans et nous avons plus de 20 projets en cours, de l’esquisse au chantier. Depuis le début, nous nous sommes fait connaître par notre spécialisation : l’architecture environnementale, écologique, bioclimatique dans une démarche passive, voire positive et autonome en énergie ou en eau potable. Je ne peux pas concevoir qu’un bâtiment soit passif ou positif sans être réalisé dans une démarche écologique. Notre activité principale consiste à réaliser des maisons d’habitation neuves et des extensions en ossature bois. Cependant nous somme également spécialisés dans la réhabilitation de bâtiments anciens en pierre, d’architecture locale comme des fermes ou des manoirs. En général, afin de rendre ces bâtiments conformes aux normes thermiques et de confort actuelles, nous prescrivons une réhabilitation lourde dans le respect des savoir-faire artisanaux propres à ce type de bâti afin que l’investissement en vaille vraiment la peine.

Bien que nous travaillions essentiellement pour des particuliers, nous intervenons aussi pour des entreprises qui souhaitent créer ou agrandir leur siège ou atelier, sur des projets d’habitat partagé en petit immeuble ou en écoquartier.

Quel est le rêve que vous avez pu concrétiser en créant votre agence et qu’est-ce qui vous anime aujourd’hui ?

La première chose qui me motive c’est d’avoir créé ma liberté professionnelle et d’exercer ma profession au plus près de mes convictions. Tous les bâtiments que nous concevons - même si notre architecture est très modeste - je me verrais bien y vivre ou y séjourner en tant qu’invité. Aucun projet ne sort de l’atelier s’il ne plaît pas à notre client à 100% et au moins 95% à l’architecte !  De plus, il est stimulant de chercher à adapter les projets en fonction des moyens financiers de chacun, en proposant par exemple, avec le concours de certains artisans, des démarches d’autoconstruction pour les clients qui disposent d’un budget modeste mais qui font l’effort de faire appel à un architecte. Certes, il s’agit d’un processus qui peut s'avérer complexe notamment en matière de planification des travaux, de disponibilité des clients, d’assurabilité des architectes, etc. mais c’est une aventure qui a la capacité de renforcer les liens d’une famille par rapport à sa maison. C’est l’opposé absolu de la maison de CMISTE car en plus d’avoir participé à la conception, les maîtres d’ouvrage travaillent à la construction de leur propre lieu de vie.

Si je devais attribuer une spécificité à notre approche architecturale, je dirais que notre architecture tente à chaque fois d’avoir l’impact le plus faible possible sur son environnement au sens écologique du terme avant de répondre à son insertion dans le paysage. Je sais qu’en tant qu’architecte, chaque trait de crayon sur le papier additionne de lourds impacts. C’est d’abord un coût pour mes clients, puis un coût matériologique, un coût écologique et un coût paysager. Je sais que j’ai une lourde responsabilité. Nous faisons de notre mieux pour construire des bâtiments bioclimatiques en bois locaux qui ne nécessitent aucune goute de béton, ou le moins possible, isolés avec des matériaux biosourcés ou recyclés.

Maison Fé, à Perros-Guirec
Maison VPLL, à Plouézec

Quelle architecture imaginez-vous pour demain ?

On parle beaucoup d'architecture de demain, mais en réalité, c’est aujourd’hui qu’elle devrait être appliquée, car il y a urgence. A l’heure où le monde connaît une pénurie de sable, où la forêt amazonienne est dévastée, je suis ahuri de voir partout combien de bâtiments en béton et en bois non locaux sont en cours de construction, c’est un non-sens qui est décourageant.

Bien entendu, il y a de plus en plus de bâtiments de tous types qui sont conçus dans une démarche plus écologique, il faut le souligner. Mais cela reste encore trop peu. Pour donner un exemple, Philippe Madec est un architecte renommé inspirant qui a réalisé des projets conséquents en bois ou en béton de terre et qui utilise du béton avec parcimonie. 

Cette architecture de demain doit être environnementale au sens écologique et humain du terme et les architectes ont un rôle important à jouer.

Nous avons la chance inouïe à l’atelier de ne pas avoir à justifier nos convictions. Nos clients viennent nous voir pour ce que nous faisons. Et bien souvent, ces derniers nous font avancer car certains sont au fait de telles innovations, ou de telles techniques de construction que nous n’avons jamais mises en œuvre ou que nous ne connaissons pas. 

Un autre point phare de l’architecture de demain concerne la réduction des consommations d’énergie et la sauvegarde de l’eau. À l’atelier, par exemple, nous sommes autonomes quant à cette ressource : l’eau de pluie est récupérée par les gouttières et stockée dans deux cuves de 5 000 litres. L’eau est pompée, filtrée à 0.15 microns puis utilisée pour tous les besoins de la maison et de l’atelier. Pourvue d’une toilette sèche, les eaux usées ne sont donc pas chargées et sont traitées par un assainissement autonome par les plantes pour poursuivre leur cycle dans une mare. Nous pouvons par l’exemple faire connaître ce système à nos clients en discutant autour d’un café « à l’eau de pluie ». Il est aussi prévu que « ti-piloti » soit autonome en électricité d’ici quelques années ! Comme nos clients, nous investissons par étapes selon les disponibilités financières. En cette fin 2019, c’est le bardage en bois de thuyas ayant poussés à moins de 10km qui sera posé sur les façades près de trois ans après l’emménagement.

Selon vous, qu’est-ce que l’architecture peut apporter à un public peu familier avec le métier ?

Je dirai que c’est le bonheur. Au-delà de constituer des objets qui structurent des espaces urbains, l’architecture a un rôle à jouer dans l’espace sensible, c’est-à-dire qu’elle doit pouvoir créer des espaces appréciables, dans lesquels nous nous sentons bien, où nous souhaitons naturellement nous arrêter et discuter. 

Pour nous, qui réalisons des maisons, notre raison d’être est de rendre nos clients heureux. C’est pourquoi, nous les associons dès la conception, à l’aide de logiciels 3D, pour leur montrer à quoi ressemblera leur lieu de vie, les matériaux utilisés, la lumière... De plus, nous faisons appel à des artisans locaux. Cela donne une ambiance formidable sur le chantier. Avoir le retour des clients, qui nous disent qu’ils sont heureux dans leur maison, c’est ce qui compte pour nous.

Pourquoi participez-vous aux JNArchi ?

C’est la première fois que l’atelier ouvre ses portes. Puisque « ti’piloti » est enfin terminée (à l’intérieur), après 2 ans et demi de travaux dont une partie en autoconstruction, l’idée est de montrer par l’expérience l’impact de ce bâtiment sur son environnement et son fonctionnement au quotidien. Construit en ossature bois de douglas local fondé sur pieux métalliques vissés dans le sol. Le seul béton utilisé l’a été pour les cuves de récupération d’eau de pluie. D’un côté, il y a l’atelier et de l’autre la maison. Il s’agit d’une synthèse de ce que j’ai voulu pour moi-même, et l’exercice est très difficile pour un architecte de faire sa propre maison. Ce sera aussi l’occasion de discuter avec les visiteurs de l’architecture environnementale, de l’autoconstruction, d’assainissement écologique des eaux usées, d’autonomie en eau potable, des appareillages et dispositifs utiles au quotidien dans ce type de bâtiments, etc. S’il y a du soleil, les visiteurs pourront se rendre compte combien en plein mois d’octobre le bâtiment chauffe avec facilité.

‘ti-piloti’ - Extérieur

Retrouvez L’atelier morfouace pour les JNArchi 2019 >>
Ti’piloti
Impasse de Keranroc’h
29 241 Locquirec - France
Le samedi 19 octobre
Deux créneaux pour les visites : 10h et 14h, sur inscription.
http://morfouace.bzh/