Rencontre avec Alain Demarquette : penser une architecture sur-mesure pour laisser de belles réalisations aux générations futures

Publié le 25.08.2020
L’architecte Alain Demarquette propose une approche contextuelle et sensible au sein de ses agences, installées à la fois dans le Nord-Pas-de-Calais et en région parisienne. Il nous raconte sa vision du métier d’architecte et comment les événements récents font écho à une réflexion qu’il mène depuis le début de son parcours.

Pourquoi être devenu architecte ? Comment percevez-vous votre métier ? 

Devenir architecte, c’était à mon sens pouvoir combiner deux approches : l’une tournée vers la créativité, l’autre plus pragmatique visant à relever des défis techniques. La responsabilité de l’architecte est très importante car les bâtiments que nous concevons durent au moins une cinquantaine d’années. Nous nous devons d’être rigoureux, nous n’avons pas le droit à l’erreur. 

Et ce qui me passionne dans mon métier, c’est de baigner dans différents mondes. Des univers que l’on doit rapprocher pour révéler un bâtiment. Mon défi est de réussir à expliquer mes choix face à des interlocuteurs très variés, d’adapter ce discours avec une certaine diplomatie. Aussi, je trouve très gratifiant d’accompagner les artisans dans la réalisation d’un bel ouvrage, d’une belle composition, pour qu’à la fin, ils puissent en être fiers. Humainement, c’est laborieux, souvent énergivore, mais in fine, très intéressant et enrichissant. 

Il faut donc être diplomate et didactique, savoir convaincre ses clients, leur donner les bons arguments. Un exercice gratifiant, d’autant plus lorsqu’on obtient des retours qui nous donnent raison. Passer du temps sur un projet, pour satisfaire tout le monde avec le résultat final, c’est la quintessence de mon métier d’architecte. 

Quelle est votre vision de l’architecture ? 

Je cherche la qualité plus que la quantité. Mon objectif n’est pas de réaliser de grands programmes, mais plutôt de laisser de belles traces, d’être fier de mes réalisations. L’important est selon moi de s’accrocher, de poursuivre ses convictions. Tout projet est intéressant, nous sommes friands de matière à réfléchir. Selon moi, le sur-mesure est primordial en architecture. 

Quels enseignements tirer de la mouvance actuelle du renouveau d’habiter et des enjeux de la crise climatique ?

Ce n’est pas une révolution, au contraire. Après mon diplôme, j’ai eu la chance de partir quelques années à Berlin, où j’étais déjà attiré par l’approche des pays anglosaxons ou scandinaves et des nouveaux modèles de conception pour créer des bâtiments plus écologiques. À l’époque, nous n’étions que quelques architectes déjà passionnés par l’architecture écologique et nous passions pour de doux rêveurs. Ce qui se passe actuellement fait écho à ces convictions. 

 

 

Mon objectif aujourd’hui est de concevoir les bâtiments le plus intelligemment possible. Encore une fois, la question est de savoir ce que l’on souhaite léguer à nos enfants et aux générations futures. Il faut laisser une belle trace et appliquer une démarche cohérente, s’adapter au contexte et au programme, mais aussi aux ambitions environnementales attendues. 

Quel est le rôle des architectes aujourd’hui ? 

Ma démarche, en tant qu’architecte, c’est d’accompagner en expliquant les différents choix possibles, même si parfois les clients arrivent avec une idée très précise de référence. L’architecte a une réelle valeur ajoutée à apporter. Pour y parvenir, on part du terrain, on étudie la faisabilité. C’est toute une démarche vis-à-vis de leur programme et du contexte, qu’il soit urbain ou rural. D’ailleurs, de mon point de vue, chaque projet doit se trouver sur le terrain. Nous devons éviter le copier-coller d’idées préconçues, ce n’est ni sérieux, ni cohérent. 

Comment les architectes peuvent-ils contribuer à améliorer, réparer les villes ? 

Les architectes peuvent agir en cherchant toujours à laisser derrière eux des bâtiments performants dans le sens noble du terme. Au quotidien, c’est ce discours et cette déontologie que je porte. Je cherche à créer des lieux qui ont une âme et qui racontent une histoire. D’ailleurs, chacun de mes projets possède un titre, parfois avec une pointe d’humour et d’autocritique, car c’est essentiel d’apporter du recul à ce que l’on fait. 

Aussi, l’architecte doit être aux aguets pour trouver des propositions et des solutions face aux évolutions et nouveaux défis. Mon métier consiste à chercher, réfléchir, expérimenter, c’est passionnant. Il faut rappeler que nous sommes un atelier car notre métier est avant tout créatif avec une démarche artistique. 

Racontez-nous une expérience urbaine qui vous inspire pour créer la ville de demain. 

Je conseille vivement la lecture de l’Art de bâtir les villes de Camillo Sitte, un architecte et théoricien du XIXème siècle. Il essaye de retrouver une échelle urbaine aux différentes problématiques et il met déjà à l’époque en exergue différents sujets. À la lecture, on prend conscience de combien certaines interrogations étaient déjà d’actualité, avant même le siècle dernier. Je pense qu’il est temps qu’on se repose de nouveaux ces questions. 

 

Retrouvez l’Agence Alain Demarquette pour les JNArchi 2020 >>
100 Rue de Londres
62520 Le Touquet-Paris-Plage
Du 16 au 18 octobre 2020 
http://www.ademarquette-architecte.com/