Rencontre avec Camille Renault : être le lien entre le territoire et ses habitants

Publié le 28.09.2020
nstallé à Prades-le-Lez dans la périphérie de Montpellier, Camille Renault (agence MA Architecte) s’adresse essentiellement aux particuliers avec une approche très ancrée sur son territoire. Nous l’avons rencontré pour en apprendre plus sur sa vision de l’architecture et de son métier.

Pourquoi êtes-vous devenu architecte ?

Je ne connaissais pas le métier d’architecte et mon choix de départ était de devenir archéologue. Après un chantier de fouilles, j’ai compris que la nature de ce métier était trop dissociée de la vie quotidienne. Par la suite, un rapide stage de maçon chez Les compagnons du devoir m’a ouvert au contact plus concret avec le sol et la terre. Cette expérience m’a plu, tout en me faisant prendre conscience de la difficulté physique d’un tel métier. A la suite d'un apprentissage, j’ai postulé en école d’architecture, ayant la possibilité d’aller vers cette formation.

 

Selon vous, quel est le rôle de l’architecte aujourd’hui ?

Notre métier d’architecte est en constante évolution. Si le rôle de l'architecte varie en fonction de ses interlocuteurs, il tente néanmoins toujours de mettre en relation un territoire et sa population. Il étudie au maximum les ressources présentes sur place car elles sont capables de répondre au mieux aux besoins des habitants et usagers, d'hier, d'aujourd'hui et surtout de demain.

Selon moi, le rôle de l’architecte est de protéger les habitants des enjeux climatiques, d’apporter un confort, un toit, tout en tenant compte de l’environnement avec lequel il dialogue. Il s’agit de s’intégrer harmonieusement dans le contexte. J’apprécie la citation de l’architecte égyptien Hassan Fathy qui dit : « Il faut commencer par le tout début et faire naître vos constructions de la vie quotidienne des gens qui vivront là, façonnant vos maisons au rythme de leurs chants, tissant pour ainsi dire la trame du village sur ses activités, attentif aux arbres, aux récoltes qui pousseront là, respectueux de la ligne d’horizon et humble devant les saisons ».

 

Quels enseignements tirer des enjeux écologiques et sanitaires actuels pour une société plus écologique ?

Pour être dans une démarche écologique, il faut tout simplement regarder ce que nos anciens proposaient et l'adapter aux exigences et besoins actuels. Comme le disait Lavoisier, « Rien ne se perd, rien ne se crée : tout se transforme ». Je pense que nos prédécesseurs avaient la même réflexion, mais ils avaient moins peur de l’avenir. Cette prise de conscience est très personnelle, elle dépend de l’attachement plus ou moins fort des populations à leur terre.

 

À mon sens, lorsque nous étudions un lieu et son histoire, nous constatons que les réponses sont sous nos yeux. Autour de Montpellier, on trouve des carrières de pierres calcaires massives et le bois des Cévennes. Rien qu’avec ces éléments, les possibilités sont immenses. Ma démarche consiste à aller chercher directement les matériaux et travailler avec les artisans locaux pour réduire les intermédiaires. Avec la comparaison entre l’utilisation d’un matériau local et une construction classique en béton, je m’aperçois souvent que la différence de prix n’est pas si élevée.

Constater que l’on peut construire comme les anciens avec les matériaux du territoire, pour réduire le bilan carbone avec un chantier plus propre, tout en valorisant le travail des artisans et en contribuant à l’économie locale est une réelle satisfaction ! De plus, nos clients apprécient la démarche. Selon moi, il faut une adéquation entre la matière, l’histoire locale et les besoins qui émanent des habitants.

 

Comment votre agence intègre-t-elle cette vision ?

Notre agence n’est pas spécialisée, ce qui nous permet de nous épanouir en faisant des projets diversifiés. Pour y parvenir, il faut être en contact avec un territoire et surtout avec la population, pour répondre à tous les types de projet. Souvent, nous proposons une assistance à maîtrise d’usage pour établir une programmation au plus près de la réalité des besoins. En s’implantant dans un lieu, on va chercher le projet en proposant l’architecture comme un service essentiel. À partir de là, en tant qu’architecte, nous nous mettons simplement à l’écoute des besoins du territoire et le travail vient à nous.

Notre démarche se veut en adéquation avec la vision de la nouvelle génération à la recherche de davantage d’indépendance, poussée par l’envie de réfléchir par elle-même, d’être en contact avec les artisans. Aujourd’hui, les architectes ont envie de faire leur métier et de ne pas être seulement des dessinateurs.

 

Racontez-nous une inspiration pour la ville de demain.

L’année dernière, une personne âgée est venue à l’agence, désespérée à la suite de la construction d’un immeuble collectif en limite de sa propriété. Suite à cela, nous avons également reçu la visite d’autres habitants mécontents qui se sont mobilisés en réaction au projet. J’ai donc réalisé une contre-proposition en intégrant différentes demandes des habitants, tout en ayant les mêmes contraintes pour développer un projet de même ampleur. Celle-ci a été soutenue par les habitants et une association d’habitants s’est finalement créée. Cette histoire est inspirante car un projet doit fédérer la population. Le participatif doit prendre tout son sens car il permet de recueillir l’expertise des habitants pour une bonne connaissance de leurs besoins. Désormais, la nouvelle mairie et les habitants impulsent cette logique urbaine à l’échelle de la commune.

 

Retrouvez Camille Renault pour les JNArchi 2020 
MA Architectes
25 rue sauvielle
34730 Prades-le-Lez
Du 16 au 18 octobre 2020
https://www.ma-architectes.net/