Rencontre avec Guillaume Anrys : écouter la ville et ses modes de vie pour la façonner

Publié le 25.08.2020
Guillaume Anrys est diplômé de l’École d’architecture Saint-Luc Tournai (UCL Université Catholique Louvain-La-Neuve, LOCI site Tournai). Son parcours professionnel l’a amené à travailler dans des agences en Belgique, puis à Lille pendant plus de 3 ans chez TANK Architectes et en Australie, pendant 1 an, chez John Wardle Architects.
En parallèle, il a développé de nombreux projets dans le cadre de concours d’architecture qui lui permettent de remporter, en 2013, le concours pour le réaménagement du Stade Chaban-Delmas à Bordeaux, jury présidé par Eduardo Souto de Moura.
Il fonde son agence en 2014 à Lille. Depuis, il a reçu plusieurs distinctions dont la mention spéciale Europan 14 – villes productives: Presqu’île Boschetti et site de la piscine M. Dormoy à Lille, ainsi qu’une sélection au grand prix national d’architecture “Une maison dans le Vieux-Lille” en 2018.

Pourquoi être devenu architecte ? D’où vient cette vocation ? Quelle est votre vision de l’architecture que vous portez au quotidien au sein de votre agence ? 

C’est une vocation qui remonte à longtemps. Deux personnes en particulier en sont la source parce qu’elles m’ont donné envie de m’investir dans ce secteur, étant des amoureux de la matière : le grand père d’un ami d’enfance qui travaillait quotidiennement le bois et un grand-oncle qui travaillait la brique. Les voir manier et transformer ces matériaux m'intriguait et m’intéressait particulièrement. J’étais presque fasciné par ce savoir-faire. 

Ce contact avec la matière, c’est un élément central dans l’architecture, comme bien entendu d’autres aspects, qu’ils soient urbains, techniques, thermiques… Personnellement, cette relation avec les matériaux est ce qui me passionne le plus, être proche de l’artisanat et créer des ponts entre meuble et bâtiment. 

 

La crise sanitaire associée à l’accélération du dérèglement climatique sont des révélateurs aigus des inégalités de nos conditions d’habitat, nous devons donc repenser le logement et le projet urbain. Quels enseignements en tirer pour une société plus écologique ?

Je pense que le plus marquant, ce sont les mesures prises pendant la crise sanitaire. Extrêmement rapides, elles ont été inédites et conséquentes à mettre en place. Je regrette que les actions en faveur d’un développement durable de nos territoires n’aillent pas aussi vite. 

Je suis personnellement sensibilisé aux problématiques environnementales et écologiques depuis mes études d’architecture. Alors, je souhaiterais que des actions engagées soient mises en œuvre aussi rapidement pour la crise climatique que nous sommes en train de vivre. 

Pour faire face à ces nouveaux enjeux, quel est le rôle des architectes aujourd’hui ? Comment cela a pu changer votre vision du métier ?

Dans un premier temps, bien sûr, il est important d’agir sur l’immobilier neuf, en prenant en compte les enjeux sanitaires, sociaux et climatiques actuels dans les nouvelles constructions. Mais, à mon sens, il est aussi essentiel d’agir sur l’existant. En fait, il faut travailler pour assurer la qualité globale des lieux de vie, de travail, d’activité. Aujourd’hui, il est important d’adapter le projet à l’habitant, à l’usager. Les grands projets urbains doivent donc rassembler une multitude d’acteurs, pour co-construire collectivement et en collaboration des lieux qualitatifs, flexibles, adaptés au contexte local. Selon moi, c’est de cette manière qu’un projet devient pérenne.

 

Comment les architectes peuvent-ils contribuer à améliorer, réparer les villes ? Comment l’envisagez-vous au quotidien ?

La ville est une entité particulière. Elle est souvent décriée, pointée du doigt, pour sa densité ou sa pollution. C’est en cela que l’aménagement urbain est intéressant, il concentre de nombreux défis, de durabilité, de dynamisme, d’usages. Les petites villes notamment regroupent des enjeux particuliers, créer des habitats de qualité et densifier les cœurs de ville. De cette manière, les déplacements peuvent être réduits et les centres revivifiés. Nous travaillons souvent sur ces sujets à l’agence, sur des projets de réhabilitation ou de densification.

Racontez-nous une expérience urbaine qui vous inspire pour créer la ville de demain. 

Je dirai que l’expérience urbaine qui m'inspire au quotidien ce sont mes déplacements. Je travaille à Lille et dans sa périphérie proche. Tous les jours, je parcours ce territoire à vélo, j’admire des paysages, l’évolution de certains quartiers. Quand je me promène dans des rues étroites puis sur des grands boulevards, je peux mieux prendre conscience de la manière dont les habitants s’approprient leur quartier à différents moments de la journée. C’est une expérience extrêmement enrichissante quand on travaille dans la fabrique urbaine. 

 

Retrouvez l’Agence Guillaume Anrys pour les JNArchi 2020 >>
12 Avenue Gabrielle Groulois
59130 Lambersart
Du 16 au 18 octobre 2020 
http://guillaumeanrys.com/