Rencontre avec Hervé Potin : faire de la matière un lien entre architecture et contexte

Publié le 25.08.2020
L’agence Guinée*Potin est nantaise. Créée par les architectes Anne-Flore Guinée et Hervé Potin, elle a pour champ d’intervention l’architecture, le paysage et les arts plastiques. Tournée vers une architecture de la matière, l’ambition portée par les architectes est de lier nature, paysage, contexte pour faire le lien entre l’enveloppe, les formes et le territoire. Pour en savoir plus, nous avons interrogé Hervé Potin, co-fondateur.

Pourquoi être devenu architecte ? 

Pour ma part, c’est presque un hasard. Issu d’un milieu modeste, je n’ai pas baigné dans un contexte culturel particulier. Je dirais que la connaissance de ce métier m’est venue au lycée. Une vocation assez tardive qui m’a mené sur les bancs de l’École Nationale Supérieure d'Architecture de Bretagne à Rennes. Mes études ont eu lieu au cœur d’un bâtiment remarquable de Patrick Berger, tout neuf à l’époque et nous étions d’ailleurs la première promotion. Une architecture superbe qui m’a marqué dans mon parcours et déjà forgé en tant qu’architecte. 

Comme beaucoup de confrères dans les années 90, j’ai ensuite travaillé à Paris dans l’agence François et Lewis (de 96 à 98). Déjà, les questions environnementales et paysagères étaient intégrées, avec systématiquement des paysagistes dans les équipes. Il s’agissait de chercher comment rendre aimable la densité. D’ailleurs, par la suite, je me suis associé à Duncan Lewis de 1999 à 2002 pour la création d’une agence à Angers.

Durant une année (98/99), j’ai été pensionnaire à la Villa Médicis de Rome où j’ai particulièrement creusé la question de la matière, mais aussi approfondi la relation entre architecture/paysage et architecture/nature. D’ailleurs, une expérience en 1995 chez François Roche m’a permis d’appréhender très différemment l’architecture afin de dépasser l’enseignement assez académique, empreint de modernisme, que j’avais pu recevoir. Une véritable révélation en termes d’ouverture, de liberté, quant à la relation aux paysages et aux contextes, qui faisait de la conception une étape sans dogme et libérée des aprioris. Ce sont toutes ces rencontres qui ont forgé ma vision d’architecte. 

Quelle est votre approche de l’architecture aujourd’hui ? 

Notre parcours, avec ma compagne Anne-Flore Guinée, nous a forgé une identité où on se sent proche des questions environnementales, de la relation entre architecture, paysage, nature, couleur, motif, forme. Aussi, toute la recherche autour des volumes et l’aspect esthétique est un champ de travail passionnant pour nous : nous ne dessinons pas des formes neutres, nous sommes plutôt en quête d’une architecture expressive. 

Il y a une citation d’Augustin Berque que nous aimons particulièrement : “En effet, ce n’est pas seulement en tant qu’être vivant que nous avons besoin d’une certaine qualité environnementale, mais aussi en tant qu’être sociaux car le lien social se défait quand l’environnement n’a plus de sens.”

 

En résumé, les mouvements du XXème siècle, et notamment en architecture, ont coupé l’homme de son milieu ambiant.Ce que nous essayons de renouer, en tant qu’architectes et en toute humilité, c’est le lien entre l’architecture et le territoire. Pour nous, ce tissage passe forcément par une relation fine avec le contexte et avec le paysage. 

Quels enseignements en tirer de la situation actuelle ?

Ce que nous vivons aujourd’hui, c’est comme un écho à la conférence d’Augustin Berque de 1993 à l’ENSAB Rennes, à laquelle j’avais assisté alors étudiant. Finalement, son intervention était quasiment prémonitoire. Cette crise, en un sens, est le paroxysme de la vision de la modernité, telle qu’elle a été conçue au 20ème siècle. Pour nous, c’est une forme de vérité. 

L’identité de notre agence repose sur la relation entre architecture et contexte. Pour nous, ce lien passe par un travail sur la matière, parce qu’il est indissociable du rapport entre architecture et paysage. L’épiderme architectural devient le point de liaison entre l’architecture et son territoire. Bien sûr, nous ne pensons pas que l’enveloppe, mais nous concevons aussi l’intériorité des espaces, notamment en imaginant les qualités d’usages, les perceptions, les parcours, le rapport intérieur/extérieur.

Est-ce que les événements actuels ont changé votre vision de votre métier ? Et comment concevez-vous le métier d’architecte aujourd’hui ? 

Forcément, la crise que nous traversons renforce nos convictions. Nous sentons que les attentes des acteurs évoluent. Nous militons depuis un certain temps pour une architecture plus ancrée dans le contexte, dans le paysage et la nature. Ce regain pour ces thématiques, on le voit aussi du côté des aménageurs de projets urbains, qui se sont adaptés bien avant la crise pour intégrer ces convictions et ambitions. Nous sommes de plus en plus sollicités pour des constructions en matériaux biosourcés, bois et paille par exemple. 

Il faut continuer de militer. D’ailleurs, on apprécie une citation de Pierre Lafon & Marion Faunières : “l’architecture appartient à la terre, son existence est liée au biotope”. C’est un texte qui date de 1995, donc qui a plus de 25 ans, mais qui a toujours du sens. (Extrait de l’exposition « façon de faire le ciel en plusieurs morceaux » à l’IFA, Paris, 1995)

C’est par cette relation entre le contexte, le paysage et la nature que vous agissez au quotidien. Est-ce une vision que vous appliquez chaque jour pour réparer les villes modernes d’aujourd’hui ? 

Tout à fait. Cependant, sans renier ce qui a été fait au XXème siècle et sans renier une approche formelle. On ne s’interdit pas non plus des recherches plastiques, une forme d’expression assez forte dans nos projets, car nous ne souhaitons pas non plus une contradiction entre le lien au contexte et la forme. Pour nous, ce n’est pas contradictoire de faire une recherche de formes, de couleurs, de poésie, même si nous nous inscrivons dans une recherche de liens avec le territoire. 

 

 

Aujourd’hui, nous observons un virage, notamment auprès des territoires qui s’emparent de ces questions de manière plus ambitieuse. Il y a par exemple un retour de l’habitat participatif, un modèle d’habiter qui revient en force. Les habitants reprennent en main leur habitat tout en jouant collectif pour vivre entre voisins, en abandonnant l’idée d’une maison individuelle. C’est d’ailleurs un de ces projets que nous allons faire visiter lors des JNArchi. Et je pense que le Covid va renforcer cette mouvance. 

Racontez nous une expérience urbaine qui vous inspire pour créer la ville de demain.

J’ai fait une belle visite l’an dernier, un projet architectural qui a été récompensé du Prix National de la Construction Bois 2020. Il s’agit de la réhabilitation d’une ancienne huilerie dans le quartier du bas Chantenay à Nantes : transformée en brasserie, elle se dénomme Little Atlantique Brewery. Très beau projet qui mêle pierre et bois, réalisé par Christophe Theilmann Architecte.

 

Retrouvez l’Agence Guinée*Potin pour les JNArchi 2020 >>
13 allée de l'île Gloriette
44 000 Nantes
Du 16 au 18 octobre 2020 
http://www.guineepotin.fr