Rencontre avec Laurent Guilbaut : dépasser l’approche strictement technique pour une qualité architecturale optimale

Publié le 28.09.2020
Installé à Draguignan, Laurent Guilbaut exerce depuis 1993 en tant qu’architecte libéral. Son agence est à taille humaine, il travaille avec son épouse et développe sa polyvalence à chaque étape du projet et du chantier tout en répondant aux commandes d’une clientèle diversifiée. Son approche consiste à cultiver des savoir-faire variés pour dépasser les contraintes techniques. Nous l’avons rencontré pour en apprendre plus sur sa vision du métier.

Pourquoi êtes-vous devenu architecte ?

Devenir architecte, c’était pouvoir exercer l’un des rares métiers qui comprend une part de création importante. Pour moi, travailler sur des projets en utilisant son imagination est essentiel. J’apprécie l’alliance entre l’aspect créatif et artistique, et d’autre part, l’approche technique et scientifique. Ces deux dynamiques intimement liées permettent de répondre au défi d’apporter la meilleure réponse possible à un programme précis, notamment sur un site donné. Il s’agit aussi de parvenir à personnaliser chaque projet, afin qu’il devienne unique pour que les maîtres d’ouvrage et les utilisateurs se l’approprient.

Ainsi, on ne fait jamais deux fois la même chose, même si l’on doit forcément suivre des procédures et des étapes administratives ou réglementaires contraignantes. Cependant, jamais le projet ne doit se limiter au simple respect des normes. Nous devons nous assurer d’aller bien au-delà, avec une réponse adaptée et réfléchie, qui respecte son environnement. En somme, nous devons y mettre un supplément d’âme et toujours essayer de satisfaire nos clients, car notre métier consiste aussi beaucoup à les écouter, à leur poser les bonnes questions et à interpréter au mieux leurs demandes.

 

Suite aux événements actuels, que cela soit la crise écologique ou sanitaire, quels sont, selon vous, les enseignements à en tirer ?

Je pense qu’il faut que ces crises agissent comme des prises de conscience. Elles peuvent devenir des leviers pour accélérer l’intégration de la notion de développement durable dans nos projets. Actuellement, plusieurs nouvelles réglementations sont en train d’être adoptées ou renforcées afin de fixer des objectifs plus ambitieux et d’inciter à la réhabilitation thermique.

En tant qu’architectes, nous devons essayer de sensibiliser au maximum nos clients à ces sujets. L’enjeu est qu’ils ne perçoivent pas ces dynamiques comme une nouvelle contrainte imposée. Nous sommes là pour leur expliquer que les dépenses supplémentaires engagées pendant les travaux seront finalement des économies tout au long de la vie des bâtiments. Nous avons aussi le devoir de conseiller et d’accompagner nos clients à être plus respectueux de l’environnement sur le long terme.

 

Comment intégrez-vous ces enjeux environnementaux dans votre démarche de travail ?

Quelques éléments de contexte : je travaille dans le département du Var, en région méditerranéenne, où les hivers peuvent parfois nous réserver des périodes de froid, brèves mais intenses et où les étés sont de plus en plus chauds, ce qui implique des amplitudes thermiques importantes. Pour moi, il s’agit d’essayer de revenir à des règles séculaires et au savoir de nos anciens. Tout simplement, nous savions par exemple qu’ici, il fallait planter des arbres à feuilles caduques côté façade sud pour bénéficier du soleil l’hiver et de l’ombre l’été.

 

 

C’est du bon sens, pas le résultat de calculs complexes. Nous devons continuer à nous appuyer sur ces principes qui fonctionnent depuis très longtemps et bien sûr y ajouter les savoirs et les moyens d’aujourd’hui. Je travaille souvent en équipe avec les thermiciens, mais l’architecture ne peut pas être seulement la résultante de contraintes. Mon objectif est donc de toujours me servir des outils à notre disposition pour améliorer le projet et non pas en être tributaire.

 

Finalement, est-ce que le rôle de l’architecte, ce n’est pas aussi de dépasser l’ensemble des questions techniques ?

C’est même complètement cela. Il y a maintenant tellement d’aspects techniques autour d’un projet, de nombreux acteurs, bureaux d’études et experts qui interviennent. Heureusement, à de rares exceptions près, les bureaux d’études sont des partenaires avisés et efficaces, avec lesquels nous pouvons avoir un dialogue constructif, car il existe toujours des solutions intelligentes. Il ne faut cependant pas se laisser dépasser ni perdre de vue les lignes directrices émises en amont du projet. Surtout, il faut parvenir à rester un peu comme un chef d’orchestre, en intégrant les contraintes tout en continuant à faire une architecture de qualité. Un vrai savoir-faire qui s’enrichit au fil du temps et des expériences. Être architecte, c’est garder un regard global et ne pas perdre de vue l’essentiel : la qualité architecturale.

 

Les évènements de ces derniers mois ont-ils eu un impact sur votre manière de travailler ?

D’abord, nous avons connu l’interruption de la quasi-totalité de nos chantiers pendant deux mois. Ce n’était pas une période sans activité puisqu’il a fallu prendre les dispositions nécessaires pour arrêter les chantiers, puis les reprendre dans de bonnes conditions, dans le respect des règles sanitaires. Evidemment, nous avons été affectés par les évènements récents, beaucoup de nos clients particuliers ayant mis leurs projets à l’arrêt. Si nous n’avions eu que des projets de maisons individuelles, cela aurait été beaucoup plus complexe. Mais avec la diversification de nos activités, nous avons pu tenir le choc. Notre volonté d’être polyvalent a été bénéfique face à cette crise.

 

Racontez-nous une inspiration pour la ville de demain.

En début d’année, avant ces évènements, j’ai assisté à une journée de formation organisée par le CAUE 83, qui abordait la question de l’intégration du végétal dans le milieu urbain. Une des pistes présentées m’a particulièrement plu : l’initiative Terre de Mars.

Ferme urbaine et traiteur bio, ce projet de potager est porté par de jeunes paysagistes ayant acquis un des rares terrains agricoles de la commune de Marseille. Leur objectif est d’avoir une réelle circularité et une maîtrise du produit, de la graine à l’assiette, pour une consommation bio et locale. Il s’agit de créer une proximité immédiate entre producteurs et consommateurs, dans le respect de l’environnement. Une piste intéressante et un beau projet. J’ai été très enthousiasmé par cette présentation et, à mon avis, cette initiative peut être appliquée à de nombreux autres contextes urbains.

 

Retrouvez Laurent Guilbaut de l’ATELIER ARKHITEKTÔN pour les JNArchi 2020 >>
100, chemin du Seyran
83 300 DRAGUIGNAN
Du 16 au 18 octobre 2020
www.architectes-pour-tous.fr/atelier-arkhitekton