Rencontre avec le Studio Miha : sensibiliser le grand public pour désacraliser le métier d’architecte

Publié le 28.09.2020
Le studio Miha est né de la rencontre entre deux architectes : Louiza Fergani et Véronique Chazal. Animées par une passion commune pour l’architecture, elles s’unissent pour créer le Studio Miha à Marseille afin d’incarner leur vision architecturale. L’agence croise différents regards et disciplines pour appréhender les questions sociales, urbaines, culturelles, fonctionnelles et formelles. Souhaitant casser les préjugés sur leur métier, Louiza Fergani et Véronique Chazal témoignent de leur vision de l’architecture.

Pourquoi êtes-vous devenues architectes ?

Louiza Fergani : Personnellement, je suis arrivée au métier d’architecte tardivement, guidée par la possible convergence entre mes envies de créativité et de pragmatisme. Mon objectif était de travailler des espaces ancrés dans une réalité. Discipline généraliste qui permet de croiser de multiples horizons, c’est un métier créatif dans lequel il faut avoir les pieds sur terre pour concevoir les espaces les plus adaptés.

Véronique Chazal : De mon côté, je me suis dirigée vers les études d’architecture pour avoir un cadre structurant. Depuis l’adolescence, je suis passionnée par le spectacle vivant et le dessin. C’est mon père qui m’a fait découvrir ce métier. Initialement, je voulais faire de la scénographie, des décors de théâtre. Il m’avait conseillé ces études pour ouvrir mon regard et avoir une formation complète sur la conception d’espace.

 

 

J’ai alors découvert que l’architecture ouvrait sur de multiples sujets et qu’il y avait autant d’individus que de manières de l’aborder. Il s’agit aussi d’un métier social, où l’on est très proche des habitants. L’architecture est également une discipline indispensable à la société dans laquelle nous évoluons, puisqu’elle vise à améliorer la qualité de vie à travers les espaces.

 

Par rapport au contexte actuel, quels sont les enseignements à prendre en considération ?

Louiza Fergani : Le contexte actuel a accéléré les prises de conscience, mais le signal d’alarme sur les conditions d’habitation des populations dans les villes était antérieur à la crise sanitaire. Il s’agit d’une question récurrente. Finalement, selon moi, ces évènements sont presque salutaires parce qu’ils permettent de réellement passer à l’action.

Véronique Chazal : Les questions de l’étalement urbain et de l’imperméabilisation des sols à outrance, déjà bien présentes, sont remises en lumière. Aujourd’hui, l’enjeu est de parvenir à ce que tous les acteurs de la construction impulsent une dynamique valorisant la rénovation, le réemploi des matériaux et la réutilisation des surfaces disponibles. Aussi, il s’agit de savoir comment construire des villes intelligentes qui utilisent des surfaces déjà existantes et comment transformer des habitations vers des modèles plus durables, qui correspondent aux modes de vie d’aujourd’hui, pour une qualité de vie plus confortable et plus respectueuse de l’environnement.

Louiza Fergani : Il est important que cette démarche soit partagée par tous les acteurs et les usagers eux-mêmes qui doivent revendiquer la nécessité de repenser leurs lieux d’habitat. Pendant la crise sanitaire, l’environnement immédiat a repris une place essentielle, étant tous contraints dans nos déplacements. La surface des logements et leur orientation sont également devenues des sujets cruciaux.

Véronique Chazal : Selon nous, l’un des leviers repose sur la sensibilisation du grand public. Si nous participons aux Journées nationales de l’architecture et à d’autres évènements, c’est pour faire connaître le métier d’architecte. Notre objectif est de sensibiliser sur ces questions. Finalement, ce sont les habitants qui ont un pouvoir, ils sont une donnée essentielle pour entreprendre les changements nécessaires. Il est donc impératif que les habitants aient une compréhension globale des enjeux.

 

Pour vous, quel est le rôle des architectes ?

Louiza Fergani : L’architecte doit être au centre de la réflexion, mais il doit surtout être proactif. Même si c’est parfois complexe, nous devons essayer d’être nous-mêmes porteurs de projets. C’est par exemple la démarche adoptée par Patrick Bouchain. Si aujourd’hui nous voulons faire avancer les choses, je crois qu’il faut que nous les portions pour avoir plus de liberté. Les architectes ont une vraie vision de la ville, une formation qui leur permet d’être des utopistes pragmatiques.

Véronique Chazal : Et puis, s’engager dans divers évènements, c’est faire entrer le grand public dans le monde de l’architecture.

Louiza Fergani : On stigmatise encore l’architecture. Nous souhaitons désacraliser son rôle, transmettre l’idée selon laquelle il est possible d’avoir accès à un architecte, quelle que soit la taille du projet. Pour cela, il faut rencontrer les gens, même pour l’aménagement de petits espaces, leur faire comprendre notre plus-value et leur faire savoir que nous ne sommes pas une dépense inutile, mais une réponse à leur besoin.

 

Cette approche de l’architecture du quotidien et de la sensibilisation, peut-elle permettre de dépasser les problématiques actuelles ?

Véronique Chazal : Si nous parvenons aujourd’hui à convaincre que les architectes ont un rôle au quotidien, cela engendrera forcément un changement. L’idée n’est pas de prôner le recours systématique à un architecte, mais de casser l’image élitiste. Dans notre cadre intime, nous sommes souvent sollicitées par des proches pour des petits projets. Et nous remarquons que plus le public connaît notre métier, plus il a la volonté de bien faire.

 

Louiza Fergani : Je pense également que nous devons aller vers le public pour l’éclairer sur les questions énergétiques ou le réemploi de matériaux. Souvent, les habitants ignorent que nous possédons ces compétences. Il faudrait expliquer en quoi les architectes peuvent aider concrètement à l’amélioration du cadre de vie de tous.

Véronique Chazal : À l’agence, nous avons une règle : il n’y a pas de petits projets. Si on nous sollicite, nous allons chercher à valoriser les compétences de l’architecte et à faire germer des petites graines dans l’esprit collectif.

Louiza Fergani : Il est aussi important de ne pas avoir peur de parler d’argent, de coûts, de durée, de manière d’accompagner… des sujets parfois tabous ! Ainsi, nous cherchons à instaurer un climat de confiance et à rendre l’échange possible.

 

Racontez-nous une expérience urbaine qui vous inspire pour créer la ville de demain.

Louiza Fergani : Pour nous, la ville de demain se construit sur celle d’aujourd’hui. Un positionnement idéologique primordial est simplement de dire qu’il faut arrêter de construire ex-nihilo.

Véronique Chazal : Il faut arrêter de faire et de défaire.

Louiza Fergani : En prolongement de cette idée, nous aimons particulièrement un projet que nous avons découvert et qui est issu de la stratégie de résilience de Paris : les cours Oasis. Le principe est simple, il s’agit de transformer des cours d’école de la ville de Paris en espaces rafraîchis, plus agréables à vivre au quotidien et mieux partagés par tous, en co-conception et co-construction avec les habitants. Ce projet nous parle particulièrement, autant pour son approche pédagogique que pour le principe de replacer la nature au cœur des villes et de créer du lien entre ces espaces habituellement fermés pour les ouvrir à tous.

Véronique Chazal : L’idée dans ce projet est aussi de construire ensemble, de faire de la sensibilisation dès le plus jeune âge, d’impliquer les écoliers et d’obtenir des résultats à court terme. Les habitants ont besoin d’avoir des résultats visibles tout de suite. Et ces îlots de fraîcheur sont des améliorations immédiates et inspirantes pour les villes de demain !

 

Retrouvez Louiza Fergani et Véronique Chazal pour les JNArchi 2020 >>
108 chemin de la Parette
13012 Marseille
Du 16 au 18 octobre 2020
www.studio-miha.com