Rencontre avec Marie Brazier de Nervo : révéler le potentiel du bâti ancien pour changer les villes !

Publié le 08.10.2020
Créée en 2003 à Abbeville, l'agence BRAZIER & NERVO réunit Marie de Nervo (architecte D.P.L.G.) et Evrard de Nervo (économiste de la construction), deux profils complémentaires. Ils accompagnent les projets à chaque étape et sur les plans fonctionnels, esthétiques, techniques et financiers. Nous avons rencontré Marie Brazier de Nervo afin d’en savoir plus sur cette agence à dimension humaine.

Pourquoi être devenue architecte ?

Si j’ai fait ce choix, c’était d’abord par opportunisme, pour suivre une amie qui s’engageait dans cette voie. Ces études m’ont ainsi fait découvrir le vaste champ que couvre l’architecture. Le décryptage des liens qu’entretiennent l’environnement et l’architecture, les hommes et les espaces, m’a captivée. Apprendre la maîtrise du dessin, identifier un concept ou concrétiser une idée sont des processus passionnants et extrêmement gratifiants, que ces années d’école m’ont permis de saisir.

Ce métier m’a également intéressée par la dimension d’équipe qu’il implique : nous ne sommes pas seuls et travaillons en collaboration avec une multitudes d’autres professions, telles que des ingénieurs, des entreprises de construction, des services administratifs, des géomètres. Nous interagissons évidemment avec nos clients. Un aspect passionnant du métier, puisque chaque projet se concrétise grâce aux croisements des nombreux regards interdépendants. Nous sommes là pour orchestrer et conduire le projet à terme, main dans la main avec tous les acteurs.

 

Comment les architectes peuvent agir pour l’environnement ?

L’architecte peut accompagner des pratiques environnementales vertueuses. Face au dérèglement climatique, nous pouvons entreprendre des réflexions sur l’analyse des villes et leur développement. Un des axes de réflexion consiste à se réapproprier le foncier vacant actuel et à réinvestir les centres-villes, afin d’endiguer le phénomène d’urbanisation. La crise sanitaire a mis en évidence l’impact du déplacement sur notre environnement. Nous le savions tous, mais les mesures relevées sont édifiantes !

En tant qu’architecte, nous pouvons être un levier pour les territoires, si nous aidons les maîtres d’ouvrage à ouvrir les yeux sur l’intérêt de « réinvestir » le bâti délaissé. Il s’agit donc de favoriser une relocalisation vers les centres.

 

Quel est le rôle des architectes aujourd’hui ?

Selon moi, pour opérer des changements, il faut d’abord éduquer. Tant que nous n’assistons pas à une prise de conscience de tous les acteurs, les choses ne changeront pas. La crise sanitaire nous permet de constater combien il est difficile de faire changer les pratiques, alors même que l’impact est tangible et quasi immédiat !

L’architecte doit tenter de relayer et d’expliquer quels comportements avoir vis-à-vis de ces enjeux environnementaux. Il peut accompagner les maîtres d’ouvrage grâce à un effort de vulgarisation, en expliquant les conséquences de chaque choix. Aujourd’hui, nous disposons des outils, nous sommes armés d’exemples et de contre-exemples venant illustrer les pratiques à mettre en œuvre. Il est indispensable que les acteurs prennent conscience de l’impact des différents modes de construction.

Tout de même, il ne faut pas oublier que nous sommes en expérimentation constante. Nous cherchons à aider les maîtres d’ouvrage à comprendre, mais nous n’avons pas le savoir absolu. Nous nous devons de rester prudents. Il n’existe pas qu’une solution mais plusieurs, chacune ayant ses avantages et ses inconvénients.

 

Selon vous, comment pouvons-nous réparer les villes ?

Les terrains se font de plus en plus rares. Il est nécessaire de profiter de ce constat pour communiquer sur la capacité de notre profession à encadrer les réhabilitations. De plus en plus, nous allons dans ce sens et nous encourageons les porteurs de projet à se tourner vers ce type de travaux. Notre mission consiste à révéler grâce à notre action les potentiels oubliés, ce qui permet de revisiter le visage de l’ancien.

J’apprécie la qualité architecturale de notre centre-ville. Aussi j’encourage les maîtres d’ouvrage que je côtoie, à regarder autrement ce patrimoine. L’outil de communication qui, pour nous est le plus efficace, reste la diffusion de photos prises avant et après travaux. Ces vues interpellent car elles laissent imaginer des possibilités qui paraissaient inenvisageables !

 

Pourquoi participer aux JNArchi ?

Chaque année, c’est un réel moment de plaisir que nous partageons. Les JNArchi sont l’occasion d’ouvrir nos portes aux habitants, aux entreprises avec lesquelles nous travaillons, à nos clients, à des étudiants… Nous nous retrouvons dans un cadre différent pour échanger sur notre métier, tout en sortant de l’atmosphère de notre travail quotidien.

Nous organisons aussi des ateliers auprès des collégiens, en lien avec leur programme et en collaboration avec leur professeur d’arts plastiques. Tous les ans, nous avons un thème nouveau à explorer. Cela représente une véritable parenthèse pour nous, une bouffée d’air !

 

Avez-vous une inspiration pour la ville de demain à nous raconter ?

La guerre a détruit une grande partie du centre d’Abbeville qui a donc été reconstruit. Lorsque nous nous y sommes installés, nous avons décidé de réhabiliter une maison d’après-guerre. Ici, les rues sont dépréciées et l’architecture est jugée sans intérêt. Pourtant, notre restructuration qui intégrait aussi notre agence, a été un réel succès ! Elle a suscité la curiosité de beaucoup de connaissances, voire même de riverains, et nous l’avons largement faite visiter.

Aujourd’hui, nous avons rénové 3 maisons dans cette rue et 6 en tout dans la ville. Notre lieu de vie est devenu une inspiration inattendue, qui a impulsé une vague de réhabilitations. Il s’agit d’une réelle prise de conscience, un nouveau regard et une dynamique que je trouve intéressants et qui doivent être poursuivis !

 

Retrouvez les architectes de l’agence BRAZIER & NERVO pour les JNArchi 2020 >>
Rendez-vous au 20 rue Millevoye - 80100 ABBEVILLE
Le vendredi 16 octobre 2020
www.brazier-nervo.fr/