Rencontre avec Nathalie Ott : réhabiliter le tissu ancien pour réinvestir les centres-villes !

Publié le 02.10.2020
L’atelier d’architecture Ott est situé au cœur des Pyrénées. Un contexte montagneux qui apporte son lot de défis. Engagée dans la préservation du cadre de vie, principalement rural et naturel, Nathalie Ott nous raconte sa vision du métier d’architecte et son implication dans la réhabilitation des centres-villes anciens de son territoire.

Pourquoi avoir fait le choix de devenir architecte ?

Je suis venue à ce métier un peu par hasard. J’ai beaucoup apprécié la spécificité de l’enseignement français en architecture qui cherche avant tout à nous apprendre à nous projeter et à concevoir. Après mes études, j’ai aussi découvert l’approche sociale de mon métier. En tant qu’architecte, grâce à notre action, nous améliorons le cadre de vie de tous. Je me suis donc orientée progressivement vers une approche plus urbaine, en travaillant pour des agences impliquées dans des projets d’urbanisme.

Aujourd’hui, j’exerce seule, ce qui limite les possibilités d’accéder à des missions me permettant de travailler à l’échelle de la ville et sur l’espace public, en tant qu’urbaniste. Je trouve mon compte dans des petits projets de réhabilitation de logements. Dans le contexte montagnard où je suis implantée,  mon travail est utile par exemple pour améliorer l’isolation thermique de logements anciens. Cela permet de faire perdurer l’habitat dans les centres-villes et d’y maintenir une vie sociale.

 

Selon vous, quel est le rôle aujourd’hui des architectes ?

Je suis convaincue que nous avons un réel rôle pédagogique. Au quotidien, je suis confrontée à cet enjeu, notamment auprès des élus. Je rencontre régulièrement de l’incompréhension de leur part sur certains sujets liés à mon métier. J’essaye de leur apporter un nouveau regard, une approche experte ainsi qu’une culture architecturale et urbanistique pour les accompagner.

Je fais donc souvent face à de fortes réticences. Ce fut par exemple le cas dernièrement lors de la conception d’une piste cyclable. Nous avons proposé des sols perméables et ombragés, avec des points de recharges pour vélos électriques, afin de répondre aux enjeux climatiques. À la place de notre projet, la mairie a choisi de recourir à un matériau imperméable, ce qui est moins pertinent au regard de ces enjeux. Heureusement, nous sommes soutenus par des associations, avec qui j’avais d’ailleurs commencé à organiser des expositions et des tables rondes. Des projets pédagogiques encore peu nombreux sur mon territoire et qui ne touchent pas encore les élus.

En ce qui concerne les particuliers, quelques néo-ruraux, ces urbains venant vivre à la campagne, rêvent d’une maison isolée dans un champ. Mon rôle d’architecte est de leur faire comprendre que ce principe n’est pas écologique. Une posture compliquée qui nécessite de la pédagogie. Aussi, tout dépend de l’état d’esprit du client et de son niveau de sensibilisation en matière d’écologie.

 

Comment les architectes peuvent-ils contribuer à l’action climatique ?

Mon leitmotiv est de réinvestir les centres-villes ! Selon moi, réhabiliter le bâti ancien est indispensable pour être efficace dans la lutte contre le dérèglement climatique. Il s’agit d’une action cruciale, surtout dans un contexte de montagne où il s’agit d’éviter l’étalement urbain.

Ces dernières années, j’observe l’arrivée d’une population citadine, issue de grandes métropoles comme Paris, qui s’installe dans les Pyrénées pour habiter des espaces moins denses. Des habitants également à la recherche d’un climat plus frais, puisqu’en montagne nous bénéficions de températures plus agréables en été. Ces citadins apportent avec eux leurs habitudes urbaines et investissent les centres anciens, ce qui est une bonne chose. J’interviens donc actuellement sur beaucoup de projets de réhabilitations.

 

Et face à la crise sanitaire actuelle, comment imaginer nos villes demain ?

La crise de la Covid-19 a enclenché une accélération de ce besoin de rénovation des centres anciens. Ce sont des espaces qu’il faudrait davantage végétaliser car ils sont souvent denses. Aussi, je pense qu’il est nécessaire de créer des espaces publics partagés avec l’aménagement de places ou de jardins, pour favoriser le lien et les rencontres entre les habitants. Il faut réaménager l’espace public et le partager, pour rendre les villes agréables.

L’enjeu est de pacifier les espaces de la ville en réduisant la place des automobiles. En effet, l’objectif en centre-ville est de réussir à ne plus utiliser la voiture. Ces enjeux urbains ne sont pas assez relayés. Il existe un manque de pédagogie et de sensibilisation sur l'intérêt de la vie en centre-ville, la préservation des milieux agricoles et la réduction des déplacements.

 

Dans votre pratique quotidienne de l’architecture, comment intégrez-vous ces évolutions ?

Au quotidien, je fais de la rénovation afin d’être fidèle à ma vision. Je ne construis quasiment pas de maisons individuelles, pour privilégier les travaux de réhabilitation. Ainsi, je contribue à éviter l’étalement urbain et reste en accord avec mes convictions. J’interviens aussi auprès des Offices publics de l’habitat pour des projets visant à améliorer le parc de logements sociaux.

Ma démarche consiste à être dans une posture d’aide et d’accompagnement. Dès qu’un client a besoin de mon expertise, j’essaye d’y répondre, qu’importe la taille du projet. L’important, selon moi est d’être disponible et de faire comprendre au grand public que l’architecte est présent pour répondre à ses diverses demandes.

 

Pourquoi participez-vous aux JNArchi ?

Je participe justement pour faire connaître notre métier ! Parce que je me rends compte que les habitants ne savent pas en quoi il consiste exactement. Auparavant, j’avais une petite agence à côté du marché de Bagnères-de-Bigorre. J’ouvrais mes portes lors des JNArchi le samedi pour attirer du monde, ce qui fonctionnait bien. Désormais, je suis davantage excentrée et les habitants n’ont pas le réflexe d’oser entrer. Le grand public ne se saisit pas encore suffisamment de cette opportunité pour aller rencontrer les architectes de leur territoire, ce qui est dommage.

 

 

Racontez-nous une expérience urbaine qui vous inspire pour créer la ville de demain.

J’aime la notion d’espace public, le fait que tout le monde puisse l’investir. Je suis choquée de constater de plus en plus l’absence des enfants dans cet espace public. C’est comme s’ils n’étaient pas des citoyens à part entière. Selon moi, il est vraiment essentiel de leur redonner une place. Pour cela, il faut pacifier les rues avec moins de voitures pour rendre de nouveau les centres-villes attrayants et mieux vivre ensemble.

 

Retrouvez Nathalie Ott pour les JNArchi 2020 
18, rue des thermes
65200 Bagnères-de-Bigorre
Du 16 au 18 octobre 2020
http://cairn-archi.com/