Réinventer, transformer, réimaginer l’espace social : la réhabilitation accompagne l’évolution des usages mais aussi prolonge l’histoire des bâtiments. Le thème, à l’honneur de la 11e édition des Journées nationales de l’architecture, résonne partout en France, invitant à repenser le bâti à travers sa seconde vie. De la conversion d’immeubles de bureaux ou de friches industrielles en logements et équipements culturels, découvrez plusieurs projets particulièrement marquants.
Réinventer une tour de logements sociaux sans la démolir : l’exemple de la tour Bois-le-Prêtre
Construite entre 1959 et 1962 par l’architecte Raymond Lopez dans le 17e arrondissement de Paris, la tour Bois-le-Prêtre était promise à la démolition au début des années 2000. En 2005, Paris Habitat lance un concours afin d’explorer une alternative à cette solution. Le projet retenu est porté par les architectes Frédéric Druot, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal.
Livrée en 2011, cette réhabilitation, faite sans reloger les habitants et sans augmenter les loyers, conserve la structure de la tour. Les anciennes façades sont déposées et remplacées par une nouvelle enveloppe intégrant des jardins d’hiver et de généreux balcons. Cette extension permet d’agrandir les logements, d’améliorer leur luminosité et leur confort thermique, réduisant d’environ 50 % la consommation de chauffage des ménages.
Cette opération a été récompensée par l’Équerre d’argent 2011 et est aujourd’hui considérée comme une référence internationale en matière de réhabilitation de logements sociaux.
Transformer des bureaux en logements, le cas de l’îlot Saint-Germain à Paris
Situé dans le 7e arrondissement de Paris, l’îlot Saint-Germain est un autre exemple des possibilités offertes par la réhabilitation. Les agences François Brugel Architectes Associés et h2o architectes y ont transformé trois anciens immeubles de bureaux du ministère des Armées en 254 logements sociaux, auxquels s’ajoutent une crèche, un gymnase, une salle multisport et un jardin.
Cette opération de réhabilitation, elle aussi récompensée par l’Équerre d’argent en 2023, conserve les structures porteuses des bâtiments et les adapte aux usages résidentiels. Les plateaux de bureaux sont entièrement reconfigurés pour créer des logements traversants ou à double orientation, largement ouverts sur l’extérieur.
De nouveaux balcons prolongent les espaces de vie, tandis que les façades sont rénovées et isolées afin d’améliorer les performances énergétiques de l’ensemble. Les espaces extérieurs sont également repensés pour apporter davantage de lumière, de végétation et de convivialité au cœur de l’îlot.
Quand les friches industrielles deviennent des lieux de vie
La réhabilitation permet parfois de redonner une fonction à d’anciens sites industriels, tout en préservant leur identité.
À Roubaix, la Condition Publique est une ancienne manufacture textile construite en 1902 et réhabilitée par Patrick Bouchain en 2004. L’architecte choisit de conserver la structure industrielle du bâtiment et d’intervenir avec retenue, en révélant les volumes d’origine plutôt qu’en les masquant. De nouveaux espaces sont aménagés dans les vastes halles afin d’accueillir expositions, spectacles, résidences d’artistes et projets associatifs. Les toitures-terrasses, autrefois inaccessibles, sont désormais ouvertes au public et deviennent de véritables espaces de vie.
À Marseille, la Friche la Belle de Mai est un autre exemple de transformation emblématique. Après la fermeture de l’ancienne Manufacture des tabacs en 1990, le site est progressivement investi par des acteurs culturels à partir de 1992. Au fil des années, plusieurs campagnes de réhabilitation, auxquelles participent notamment l’architecte Matthieu Poitevin (Caractère Spécial) et l’agence ARM Architecture, accompagnent cette évolution. Les interventions privilégient la réutilisation des bâtiments existants, dont les grands plateaux industriels, pour développer des espaces de création, de diffusion culturelle, de travail et de loisirs.
Réhabiliter pour révéler le patrimoine architectural
La réhabilitation peut aussi contribuer à préserver la valeur historique et architecturale d’un édifice, tout en l’inscrivant dans la ville contemporaine.
C’est le cas de la Cité du design à Saint-Étienne. Implantée sur le site de l’ancienne Manufacture royale d’armes fondée en 1764, elle associe la réhabilitation de plusieurs bâtiments industriels à la création de la Platine, une structure contemporaine imaginée par les architectes Finn Geipel et Giulia Andi (LIN). Inaugurée en 2009, cette dernière est couverte d’une résille métallique dialoguant avec les ateliers historiques.
Construit à Nancy entre 1926 et 1930, le Foyer des étudiants du cours Léopold est un ensemble Art déco destiné au logement étudiant ayant fait l’objet d’une importante réhabilitation. Achevée en 2023 sous la direction des architectes Sébastien Malgras et Pascal Prunet, elle a permis la restauration des éléments patrimoniaux les plus remarquables, comme la chapelle, le théâtre et certains logements, tout en modernisant les espaces de vie, les équipements techniques et le confort des occupants.
Cette intervention a été saluée par le ministère de la Culture qui a prolongé le label Architecture contemporaine remarquable (ACR) du bâtiment. Une première nationale qui distingue non seulement l’œuvre d’origine, mais aussi la qualité de sa réhabilitation.
Connaissez-vous le label Architecture contemporaine remarquable (ACR) ?
Le label Architecture contemporaine remarquable (ACR) est attribué par le ministère de la Culture à des réalisations architecturales de moins de cent ans présentant un intérêt architectural ou technique particulier. Il distingue des bâtiments dont la qualité justifie une attention spécifique lors de leur transformation ou de leur réhabilitation, afin de préserver leurs caractéristiques les plus remarquables.
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