En France, 208 000 habitations doivent être construites ou remises sur le marché chaque année pour répondre à la demande d’ici 2030. Ce chiffre, du Service des données et études statistiques, illustre l’urgence de répondre à la crise du logement. Mais l’architecture, ce n’est pas seulement construire du nouveau. Selon Delphine Christophe, directrice générale des patrimoines et de l’architecture au ministère de la Culture, « l’architecture, c'est principalement celle qui fait à partir de ce que l'on a : rénovation urbaine, maintenance, réhabilitation, restauration sont autant de projets de création architecturale qu'il nous faut regarder pour l'intérêt majeur qu’ils représentent. ». Réhabiliter le bâti existant offre en effet une solution complémentaire à la construction de nouveaux immeubles, à l'heure où la France doit concilier production de logements et transition écologique.
Une réponse à la raréfaction du foncier disponible dans certains territoires
En France, certains territoires subissent une forte pression immobilière du fait d’une demande en logements très supérieure à l’offre. Les prix élevés rendent l’accès au logement plus difficile pour les ménages.
Cette situation concerne la plupart des grandes métropoles et zones littorales, ainsi que certaines régions frontalières et villes moyennes dynamiques. Dans ces secteurs, les réserves foncières se raréfient, réduisant l’espace disponible pour la construction de nouveaux logements. La réhabilitation de biens existants offre donc une réponse à ces enjeux dans une logique de « recyclage urbain ».
Un levier pour limiter l’étalement urbain et l’artificialisation des sols
Pendant plusieurs décennies, le développement des villes s'est principalement appuyé sur leur extension en périphérie. Ce modèle très consommateur d’espace accroît les temps de trajet et l'artificialisation des sols, c’est-à-dire le remplacement d’espaces naturels, agricoles et forestiers par des habitations, des routes, des zones industrielles et commerciales. Ce phénomène altère durablement les fonctions écologiques des sols et contribue à fragmenter les milieux naturels.
En France métropolitaine, plus de 20 000 hectares sont ainsi artificialisés chaque année, soit l’équivalent de la surface de la ville de Marseille, selon le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan.
Pour enrayer cette dynamique, l’État s'est fixé un objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) à l'horizon 2050, inscrit dans la loi Climat et Résilience de 2021. Les collectivités sont désormais encouragées à privilégier le renouvellement urbain avant l'ouverture de nouveaux espaces à l'urbanisation.
Dans cette perspective, la réhabilitation constitue une opportunité. En créant de nouveaux logements à partir du bâti existant, elle limite l'étalement urbain.
Une approche plus durable pour construire la ville de demain
De la surélévation d'immeubles à la transformation de bureaux vacants en logements, en passant par la reconversion d'anciens bâtiments commerciaux ou industriels, les possibilités de restructurer le bâti sans étendre la ville sont nombreuses.
De plus, la réhabilitation ne consiste pas seulement à répondre aux besoins en logements. Elle contribue à préserver le patrimoine existant et accompagne l'évolution des pratiques architecturales. Le bâti n'est plus considéré comme une contrainte, mais comme une ressource à transformer pour concevoir une ville plus sobre, plus résiliente et mieux adaptée aux usages de demain.
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